Lundi 24 août 2009 1 24 /08 /Août /2009 17:58

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Livre 1 : Après le passage du serpent

Résumé :

 

            Activez votre souris et passez la première des dix portes qui s’ouvrira sur le Merveilleux… Le premier livre débute avec la venue d’un étrange serpent céleste qui traverse l'Entre-Deux-Rêves tout juste après sa création. L’étonnant reptile ne s’attarde pas longtemps au royaume de l’Imaginaire, mais après son passage, plus rien n’est comme avant : Les femmes de Terre Noire partent en guerre contre les hommes, au Couchant, un déluge manque de noyer la tour de Babel, au Levant l'Empereur Céleste défie le roi Dragon, et le Serpent à plumes devient le guide des hommes dans le Territoire du Soleil. Il en résulte des guerres, des conquêtes et des tueries en tout genre. Mais ne vous inquiétez pas, cher lecteur, si vous craignez d'être lassé par cette avalanche de batailles célestes, terrestres, souterraines ou navale, car vous pourrez également vous régaler des aventures héroïques d'un jeune tigre fougueux qui traîne sa fourrure au Levant et suivre le parcours de deux amoureux dans les cieux du Couchant.

Si chaque histoire semble se développer indépendamment de celles qui l’environnent, le dessein d’ensemble se raffermit de chapitre en chapitre. Car c’est au cours de ce premier livre qu’apparaissent les deux bâtons de pouvoir qui scelleront la destiné de la première époque…

Chapitre préliminaire : Le récit de Merlin

   

“ … Tout se bouscule à l’approche de l’an 2 001. Passé le seuil, serons-nous les mêmes ? Des ailes nous auront-elles poussées ? Et regardant en arrière, que verrons-nous ? La longue vallée des siècles n’aura-t-elle pas été soulevée par quelque tremblement de terre ? Et nos rêves, où seront-ils ? Se seront-ils effondrés avec les collines des ans ? Seront-ils couchés sous les roches renversées tandis que sur leurs ruines trôneront les songes neuf ?

Aussi en cette fin de siècle, contemplons le grand tableau de ce qui fut dans le royaume de l’Imaginaire. Suivons les lignes profondes qui remontent à son émouvante naissance et frémissons à ce sursaut de chrysalide qui nous secoue. Dieux ! Démons ! Merveilles ! Montrez-vous une dernière fois dans vos habits anciens, avant votre prochaine métamorphose ! Jouons ensemble, rions, buvons, enivrons-nous de rêves ! Caressons une dernière fois le sein des déesses primordiales avant de mourir pour renaître à nouveau… ”

 

…………………………………………………….

 

 

1

            Je suis bien vieux, et je vous parle d'une retraite bien lointaine. J'étais enchanteur autrefois, mais aujourd'hui tous mes pouvoirs se sont évanouis. Je ne suis plus qu'un esprit, un fantôme, et je n'ai d'autres choix, pour me faire entendre, que d'inspirer un mortel qui retranscrira, s'il le veut bien, les mots que je lui souffle à l'oreille.

S'il m'écoute, il vous contera en deux fois 1000 paragraphes l'histoire de mon monde de légende. Pourquoi 2000 paragraphes ? Excusez cette manie de vieux sorcier... Mais je voudrais tant que ce livre prenne la forme d'un sortilège, d'une incantation commémorant un événement passé... Songez-y... Vous avez si récemment passé le cap de deux millénaires, deux fois mille années ! Mais en êtes vous vraiment sûr ? Le temps a filé si vite ! Le seuil qui se présentait à vous, l’avez-vous vraiment franchi ? Avez-vous bien respecté le rituel ? Vous deviez fêter l’avenir et la naissance de nouveaux rêves. Dans vos esprits, un nouvel imaginaire devait succéder à l’ancien. Mais si les vieilles chimères s’en sont allées avec les fées chenues dans les cimetières de l’oubli, vos nouveaux dieux sont-ils vraiment venus au jour ? Et si vos écrans ont détrôné ma vieille boule de cristal, si vos machines prodigieuses surclassent mon bâton de sorcier, pourquoi me semblez-vous à ce point désenchantés ?

Réjouissez-vous, car nous autres, les rêves du passé, allons vous prodiguer une bonne médecine ! Avant de mourir, nous monterons une dernière fois sur scène afin d’hâter par une ultime danse votre métamorphose. Ainsi voulons-nous rendre hommage à l'Enfant qui en vous bientôt va naître et qui portera notre souvenir.

Humains bousculés par le temps, coincés entre deux mondes, écoutez mon histoire ! Laissez vous porter par mes paragraphes et faites-nous revivre une dernière fois ! Qu’un fragment de nos âmes, même infime, franchisse avec vous le seuil du troisième millénaire et qu’il fasse éclore ce que vous attendez tous ! …

 

2

            Mon histoire débute avec la création de l'Entre-Deux-Rêves, le merveilleux domaine qui attira tous les songes humains. Les premiers rêves qui vinrent le pénétrer s’y regroupèrent selon leur nature et selon leur origine et formèrent quatre mondes, quatre Territoires où ils purent se développer.

Le premier qui émergea fut nommé “Terre Noire ”. C’était le Territoire des songes primordiaux, l’espace originel d’une Afrique improbable, qui s’élargissait le long d’un Nil irréel. Ses savanes immenses, ses jungles moites et ses déserts brûlants se peuplèrent d’esprits frustres et de fauves déités. Dans ce théâtre ardent furent rejoués les plus antiques conflits qui agitèrent l’âme humaine.

Puis vint le Territoire du Couchant, ainsi nommé, non pas parce qu’il se trouvait à l’ouest des univers connus, car dans les cieux de tous ces nouveaux mondes la course des soleils traçaient différents axes cardinaux, mais parce que l’esprit pouvait s’y rendre en se laissant emporter par les brumes d’un soir flamboyant. Et de fait, ce Couchant là était plutôt un orient, un orient multiple où les hautes tours de Babylone permettaient de contempler au loin des Indes mystérieuses.

Le Levant apparut alors. Le voyageur le distinguait dans les clartés matinales, chaque fois qu’un soleil quittait les sombres profondeurs de la terre pour monter au firmament. Il se peupla des rêves impériaux et célestes. Dans ses cieux sereins serpentait une onirique muraille de Chine.

Enfin, le Territoire du Soleil se bâtit avec les rêves qui venaient de derrière l’océan. Sa plus illustre figure fut le serpent à plumes Quetzalcoatl. Un grand combat entre les forces de la lumière et de l’obscurité s’y déroula et une grande partie de ce monde fut englouti.

Bien plus tard (vous ne le découvrirez qu'au 466ième paragraphe), un cinquième Territoire naquit et attira les rêves Olympiens.

 

3

            Tandis que les 4 premiers Territoires se formaient, un serpent apparut dans le ciel de l'Entre-Deux-Rêves. Cet intrus n'était pas un songe, il appartenait à l'extérieur véritable, à l'espace réputé réel et ne provenait pas de l'imaginaire des hommes. Quel était sa véritable nature ? Je dois avouer que je n’en ai pas la moindre idée. Par une étrange magie, il avait pénétré le merveilleux domaine et le traversait de part en part sous la forme d’un serpent fabuleux. Il fut l’ébranlement initial qui secoua l’Entre-Deux-Rêves et qui fit débuter son histoire. Dans sa course, il dérangea Obatala, le dieu de la Terre Noire, puis se rapprocha du palais de Dyaus, le dieu suprême du Couchant et le surprit alors qu'il s'affairait en fort galante compagnie. Il aboutit enfin au Levant et là, il perturba l'ordre des astres, comme vous allez pouvoir le constater au paragraphe suivant.

 

4

            Dans le Territoire du Levant, Tian, le dieu suprême, achevait de construire son univers. Il venait d'attribuer le ciel à l'empereur Shangdi, les soleils au roi dragon Longwang, la terre aux diverses races d'hommes et d'animaux et les enfers à Tubo. Il avait repeint la voie lactée et fabriquait maintenant les étoiles qu'il lâchait par centaines dans le ciel.

C'était un travail minutieux et fatigant. Tian tenait entre ses mains une étoile particulièrement brillante et réussie. Il allait lui rajouter une branche de diamant, quand il entendit derrière lui un sifflement monstrueux.

C'était le serpent céleste qui dans sa course folle, le bousculait sans lui prêter la moindre attention. Tian en lâcha son étoile qui dégringola dans le ciel. Il hurla à l'impudent météore reptilien :

- Espèce de chauffard ! Pour qui se prend-il celui-là ?

Mais le serpent ne l'écoutait pas car le rut avait embrumé son cerveau et c'est lui qui le poussait dans sa folle chevauchée céleste.

En vérité notre reptile tenait plutôt du chaud lapin. Il avait soif de divines étreintes. Il vit enfin une proie capable de satisfaire sa rage érotique. C'était la nuit qui reposait là insouciante, et qui recevait sur son corps nu les étoiles lancées par Tian. Le serpent lui tomba dessus, la viola frénétiquement et l'engrossa de sa reptilienne semence. Puis il repartit aussi vite qu'il était venu.

Plus tard, à la suite de ce viol, la nuit accoucha de la lune du Levant. La lune devint une fort belle jeune fille qui emprisonnait son astre d'argent dans ses cheveux noirs et qui n'avait rien de commun avec son géniteur reptilien. Elle prit le nom de Chang'e et illumina dès lors la nuit du Territoire.

 

5

            Mais même après son misérable forfait, les glandes du serpent entretenait toujours son irrépressible désir. Il partit donc toujours plus avant, en quête de nouvelles victimes.

C'est ainsi qu'il descendit sur l’archipel de la mer du Levant et que faute de trouver quelqu'un d'autre à violer, il engrossa sa plus grande île avant de repartir dans le ciel.

Et comme la nuit du Levant, cette terre se trouva grosse après le passage du serpent céleste. Elle donna naissance à un dieu, le Serpent Arc-en-ciel, au corps si long, qu'il pouvait entourer plusieurs fois les planètes dans ses anneaux puissants. Il commandait aux pluies et déployait l'arc-en-ciel. Comme Chang'e, il fut un dieu bénéfique. Il fédéra les esprits de son Territoire et devint leur chef. Puis il guida les hommes et leur apprit à cultiver la terre.

 

6

            Le désir qui poussait son père, le serpent céleste, n'était cependant pas encore éteint. Sa copulation avec la grande île l'avait ravi et il avait hâte de trouver une nouvelle terre à chevaucher. Sa course le mena jusqu'au Territoire du Soleil. Là il se laissa choir sur la Terre et lui fit l'amour jusqu'à ce qu'enfin satisfait, il se remît en route pour quitter définitivement l'Entre-Deux-Rêves. De cette union entre le mystérieux serpent céleste et le Territoire du Soleil, naquit Quetzalcoatl le serpent à plumes, qui lui aussi devint un guide apprécié des hommes. Mais je vous parlerai plus tard de tous ces dieux enfantés par notre serpent coquin. Dans le prochain chapitre, vous apprendrez plutôt, ce qu'il advint de l'étoile qui fut détachée du ciel du Levant au 4ième paragraphe.

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Par Lucrèce88 - Publié dans : Epoque 1 Livre 1 Chapitre préliminaire
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Mardi 25 août 2009 2 25 /08 /Août /2009 15:12

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“ Ce faisant, l’éclat de son regard darda un double faisceau d’or

qui atteignit le palais de l’étoile polaire et fit sursauter l’empereur de Jade … ”

La pérégrination vers l’Ouest ” Wu Cheng’en

 

 

 

Chapitre 1 : Le dragon et l'empereur

   

 

7

Si la progéniture du serpent céleste amena de bonnes et belles choses dans l'Entre-Deux-Rêves, il n'en fut pas de même de tout ce qui avait été ébranlé par sa course folle. Ainsi l'étoile qui s'était échappée des mains de Tian allait causer un grand trouble au Levant. Partant de la voûte céleste, elle atterrit sur le palais de l'empereur Shangdi qui trônait sur les nuages.

Le palais céleste n'avait rien d'une vulgaire bicoque et mérite bien d'être décrit sur tout un paragraphe... Il était composé de 100 000 tours et abritait 7 cieux, soutenus par des piliers d'or et de jade. Le premier ciel était le ciel d'azur, le deuxième le ciel écarlate, le troisième le ciel nébuleux, le quatrième le ciel d'orage, le cinquième le ciel d'argent, le sixième le ciel rayonnant et le septième, le ciel de jade impérial. Et dans chaque ciel, des jardins et des fontaines étaient portés par des nuages, et de vastes et fastueux appartements étaient aménagés. L'étoile de Tian défonça ainsi le toit du septième ciel et pénétra la chambre impériale.

 

8

 Shangdi était au lit avec Indira, sa favorite, quand la blanche lumière de l'étoile illumina la pièce. Il se leva d'un bon.

- Qu’y a-t-il chéri, pourquoi as-tu allumé ? demanda Indira.

- Ce n'est pas moi ! répliqua l’empereur. Regarde, un objet a défoncé le toit et est tombé à deux pas du lit. Un peu plus et il nous écrabouillait... Mais bon sang de moi, c'est une étoile ! Regarde comme elle est belle et comme elle brille !

- Une étoile... Oui, bon, ça fait désordre. Je dirai aux femmes de ménage de jeter ça dehors... Pour le moment, soit chou mon petit empereur, mets une couverture là dessus et retourne dodo.

- La jeter ! Mais tu délires Indi ! C'est un cadeau du très haut, tu peux parier... Avec ça je vais pouvoir clouer le bec à ce parvenu de dragon que j'ai eu la faiblesse d'inviter au palais et qui arrive demain !

Indira, qui avait sommeil, ne voyait pas où son sacré empereur voulait en venir :

- Je ne te suis pas très bien mon chéri, dit-elle...

- Réfléchis ! Longwang n’arrête pas de vanter les 10 soleils que Tian lui a attribués. Je vais lui montrer que cette étoile là est largement plus brillante. Et puis regarde, c’est l’éclairage idéal pour nos soirées dansantes ! De quoi illuminer 10 cieux d’un coup... Je connais un dragon qui pourrait bien s'étrangler de jalousie en la voyant...

 

9

L'aube du dragon illuminait le Territoire du Levant en ce début de 9ième paragraphe et Longwang, à la tête de sa fabuleuse escorte, se rapprochait du palais de l’empereur.

Il allait sur un char d'or et d'argent tiré par 4 grands dragons rouges et sauvages qui soufflaient le feu par leurs naseaux et déchiraient les nuages de leurs ailes sombres. Le roi dragon dans sa robe d'écailles écarlates tenait entre ses pattes griffues le sceptre d'or percé de diamants, marque de sa souveraineté. Sa queue immense était maintes fois enroulée autour de la carcasse de son char ; sa longueur était telle, qu'un homme muni d'un rapide coursier aurait mis plus d'une journée à la parcourir en entier.

De chaque coté du roi dragon venaient ses deux grands capitaines, deux dragons magnifiques, chevauchant avec leurs écuyers des nuages magiques et entraînant derrière eux des armées indénombrables de soldats dragons. Elles étaient d'une ampleur telle qu'elles donnaient l'apparence d'une mer déchaînée envahissant le ciel. Chaque dragon était armé d'une grande lance de cuivre et portait un bouclier frappé du blason de Longwang : un dragon entouré de 10 soleils.

Des armées alliées au roi filaient sur des nuages au coté des dragons ; de grands hommes rouges au crâne rasé, puissamment armés, formaient leurs rangs ainsi que des hordes de géants et de monstres.

Enfin, accroché à son char, Longwang traînait un grand nuage où étaient rassemblés les présents qu'il comptait offrir à l'empereur : 1 000 concubines vierges, toutes très belles, serrées les unes contre les autres et grelottant à moitié nues dans le ciel, 1 000 coffres remplies de pièces d'or et de pierres précieuses, offerts par les rois des 4 mers, des vases précieux remplis d'épices et d'herbes rares, des coupes magnifiques par milliers, des tentures et des étoffes superbes, des flacons de parfums enivrants... Bref, tout un bric-à-brac, gardé par 100 géants noirs armés de cimeterres et tenant en laisse des tigres ailés.

 

10

De l'une des tours du palais, un guetteur s'écria :

- Longwang arrive, Longwang arrive ! Prévenez l'empereur, faites sonner les trompettes !

Puis il souffla dans son cor pour alerter ses compagnons. Une foule immense et ordonnée se précipita dans la cour du palais céleste qui servait à l'occasion de piste d’atterrissage. 10 000 hérauts se présentèrent en ligne pour accueillir dignement le roi dragon.

Pendant ce temps, l'empereur faisait de doux rêves. Il se voyait en train d'humilier Longwang en lui montrant l'éclat incomparable de son étoile. Ses soleils en palissaient de honte et le roi dragon devenait lui-même tout gris et tout ridé. Ses écailles blanchissaient et tombaient, son grand corps se ratatinait et une longue barbe blanche envahissait sa gueule terrible, tandis que ses ailes tombaient comme deux feuilles d'automne. Alors Longwang, s'appuyant sur une canne, s'en allait dans le lointain, tandis que Shangdi, son étoile en main, volait tous ses trésors.

 

11

Un messager entra soudainement dans la chambre impériale en criant :

- Empereur, empereur, réveillez-vous ! Longwang arrive...

- Hein ! ? Quoi ? Qu'est ce que c'est ? Qui ose me réveiller en sursaut ? Je faisais un si joli rêve...

- Mais empereur... Le roi dragon arrive...

- Est-ce pour m’annoncer cette triste évidence, que tu me tires de mon bienheureux sommeil ? Gardes, coupez la tête à ce mauvais serviteur ! Et vite !

Pendant que l'on décapitait le messager, Shangdi se laissait vêtir par ses favorites.

- Chéri, ne t'énerve pas dès le matin ! lui conseilla Indira. Tu sais que cela te donne des aigreurs d'estomac...

- Tu as raison, répondit l’empereur. Toi au moins tu te soucies de ma santé et tu comprends ma tendre sensibilité... Pour te remercier de tes si délicates attentions, je te laisse la tête pour ta collection.

- Tu es un chou, amour, minauda Indira...

Quand il fut vêtu et que ses serviteurs eurent nettoyé le sang qui maculait le parquet de jade, l'empereur se rendit dans la cour pour accueillir le roi dragon. Le char de Longwang était arrimé au palais, et son armée attendait en silence…

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Par Lucrèce88 - Publié dans : Epoque 1 Livre 1 Chapitre 1
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Mercredi 26 août 2009 3 26 /08 /Août /2009 16:28

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12

Quand l'empereur arriva, les trompettes des 10 000 Hérault sonnèrent toutes à la fois et des myriades de petites fées s’envolèrent pour jeter des pétales de fleur sur la foule assemblée.

- Salut à toi Longwang ! Je suis bien content de t’accueillir dans ma modeste demeure, déclara l'empereur.

- Salut à toi Shangdi... Ca va bien depuis la dernière fois ? ... Regarde, je t'ai apporté deux ou trois bricoles, répondit le dragon en montrant le nuage remplit de femmes et de trésors.

- Oh ! C'est gentil, il ne fallait pas... Allez les enfants, emportez-moi tout ça... Je te remercie, Longwang, pour tes petits cadeaux... Tes soldats peuvent aller se reposer, je leur ai fait préparer un petit quelque chose aux cuisines. Pour toi et tes capitaines, j'ai organisé un modeste banquet dans la salle du 6ième ciel !

 

13

Shangdi avait fait préparer un festin digne de son hôte. 10 000 plats différents furent servis aux invités et quelques-uns uns d'entre eux furent tout particulièrement appréciés par le roi dragon, notamment les éléphants farcis de cerises dénoyautées, les langues de yetis grillées, les gâteaux d’ailes de libellules, les brochettes d'oiseaux mouches, les feuilletés d'hymens d'outardes, les serpents surprises, les fesses fondantes de princesses déchues et autres prunelles de marsupilamis. Le tout était arrosé de vin céleste et les invités eurent droit à la liqueur d'immortalité en digestif.

Tout au long du banquet, ils purent régaler leurs yeux et leurs oreilles des plus extraordinaires divertissements. De sublimes danseuses, vêtues de draps de lumière interprétèrent un charmant ballet aérien. L’orchestre divin qui les accompagnait, était composé de tambourins, de harpes et de flûtes célestes et sa musique s’écoulait comme une source claire des forêts. Puis un savant astronome vint distraire les convives en donnant des nouvelles des lointains Territoires, de la Terre Noire où le roi et la reine des humains se querellaient, du Couchant qui voyait une tour immense s’élever sur son sol, et enfin du Territoire du Soleil où un nouveau dieu nommé Quetzalcoatl était apparu. Un devin se présenta à sa suite pour amuser l’assemblée. Il parla d’un avenir lointain révélé par les astres. Les hommes y vivaient sans dieux et se construisaient des oiseaux de fer pour atteindre le ciel. Les rares forêts de cet impossible futur étaient quadrillées par des routes bruyantes, les mers et les fleuves charriaient de dégoûtants poisons et des souffles fétides lâchés par d’étranges fabriques s’entassaient au-dessus des cités.

- Par le ciel ! s’écria Shangdi en riant. Voilà qui est pire que le plus terrible des 10 enfers de Tubo ! Ce monde absurde n’existera jamais sans doute, et mon devin a du loucher sur ses étoiles !

 

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14

L’empereur oublia vite ces étranges prédictions et entama plus sérieusement la conversation avec son hôte, le roi dragon :

- A part ça Longwang, comment se portent tes jeunes fils ? lui demanda-t-il.

- Bien, bien... répondit Longwang. Le petit dernier est un peu turbulent, l'autre jour, il est parti tout seul de la maison et a été jusqu'à la planète mars pour y cracher son feu... Heureusement sa mère l'a ramené par les oreilles. Elle a éteint le feu,  mais la planète est restée toute rouge. Le petit monstre a reçu une sacrée correction, je peux te l’assurer !

- Et à propos de feu, comment vont tes soleils ?

- Ils pètent le feu, tu peux le dire ! Ils sont dans une forme éblouissante, je crois qu'on ne verra jamais rien de plus brillant dans ce monde.

- Ha vraiment ? ... Serais-tu près à en prendre le pari ?

- Et comment ! ... Mais qu'est ce que tu as donc derrière la tête pour me demander  ça ?

- Vois-tu Longwang, tes soleils sont très bien, mais j'ai dans ce palais quelque chose de plus beau et de plus brillant que tes 10 chéris réunis...

- Tu rigoles empereur ! Tu as du abuser du vin céleste pour proférer une telle bêtise !

- Alors tu paries ?

Longwang réfléchit un peu, flairant le piège, puis il répondit finalement :

- Tope là l'empereur ! quelque chose de plus brillant que mes soleils, on ne peut pas trouver...

- Bon très bien... Alors mets tes lunettes noires et suis-moi…

 

15

L'empereur, accompagné de son hôte, quitta le banquet céleste. Il entraîna le dragon dans les couloirs du palais jusqu'au lieu secret où il avait caché l'étoile.

Shangdi jubilait et trépignait d'impatience :

- Tu vas voir cette merveille, Longwang, un vrai petit bijou de lumière... suis-moi vite !

- Ouais, ouais... On va voir ça... soupirait le roi dragon tout en baissant la tête et en pliant les ailes pour traverser des portes trop petites pour lui...

- Excuses moi, vieille branche, lui dit l'empereur sur un ton pressé, c'est un peu bas de plafond ici, les portes ne font que 100 pieds de haut… Mais des travaux d’aménagement sont prévus... Viens, nous approchons !

L'empereur parvint devant la chambre pourpre où était conservée l'étoile. Il congédia les 400 géants qui la gardaient, fit lever les grilles d’acier protégeaient la pièce et renvoya les 200 lions qui patrouillaient devant son immense porte de bronze.

Il s'empara alors de la clé, grande comme une épée, qui pendait à sa ceinture et la donna à un garde géant qui ouvrit l’infranchissable portail.

 

16

 Shangdi entra dans la pièce et écarta les tentures ocre qui devaient entourer l'étoile. Il s'attendit à être ébloui, ferma les yeux, les rouvrit timidement et... Rien !  Le trône d'or sur lequel il avait posé son étoile était vide ! L'empereur en resta muet de stupeur. Seule la voix de Longwang le fit réagir :

- Alors, où est-elle cette merveille ? Je ne vois rien de spécial...

- Mais elle était là, mon étoile... Je n'y comprends rien...

L'empereur courait dans la pièce comme un dément, sous le regard amusé du dragon. Puis une lueur de haine lui passa dans les yeux, il se retourna vers Longwang et lui dit :

- Ca y est, j'ai compris... C'est toi le coupable... Sale voleur ! C'est toi qui m'as volé mon étoile ! Tu étais jaloux, tu me l’as prise ! Rends-la-moi !

- Tu perds l’esprit ! répondit le dragon. Comment oses-tu m'accuser ? Dis plutôt que tu as eu peur de perdre ton pari stupide... J'exige des excuses !

- Des excuses ! Menteur insolent ! Comment oses-tu ? Je t'invite chez moi, et toi tu me voles ! Hors d'ici ! Pars donc avec ta clique de vauriens et ramène aussi les petites pisseuses que tu voulais m'offrir. Te connaissant, elles m'auraient sûrement refilé la vérole. Allez, va-t’en loin de ma colère !

 

17

 Le dragon faillit lui aussi partir dans une colère terrible. De longues flammes s'échappèrent de ses naseaux, mais il se contint et finit par dire :

- Très bien, je vais partir... Mais je reviendrais, avec une armée 100 fois plus puissante et ce sera pour raser ton minable palais ! Et ensuite, je te ferais prendre par mes dragons et griller tout nu sur l'un de mes soleils !

- Si tu crois que tu me fais peur, avec ton armée de gros lézards débiles, tu te trompes ! Tu veux la guerre, tu l'auras ! Déguerpis, pendant que je te le permets, car aujourd'hui tu es encore mon hôte, mais sache que dès demain, je te livrerai une guerre sans merci. Mes lanciers célestes vous anéantiront jusqu'au dernier, toi et tous les tiens, et ils te reprendront l'étoile que tu as eu l'audace de me dérober.

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Par Lucrèce88 - Publié dans : Epoque 1 Livre 1 Chapitre 1
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Jeudi 27 août 2009 4 27 /08 /Août /2009 21:34

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18

Furieux, Longwang s’en alla du palais en entraînant sa prodigieuse escorte. Tandis que l'empereur observait la troupe immense qui s’éloignait, sa favorite, Indira vint à ses cotés et lui dit :

- Hm... Chéri, ne crains-tu pas de t'être laissé emporter ?  Le dragon est puissant... Etait-il bien sage de le défier ?

- Ce n’est pas moi, c'est lui qui a commencé en me chipant l'étoile... Et puis, je suis l'empereur, oui ou non ? Je ne vais pas me laisser intimider par ce gros dragon prétentieux !  Il n'empêche, j'aimerais bien savoir comment il a réussit son coup... En attendant, fait moi donc empaler tous les gardes de la chambre pourpre. Je veux aussi que les lions qui étaient là leur dévorent les gonades. Après, on empalera les lions et on les brûlera vif !

- Tu es bien sévère mon chéri, ce n'est sans doute pas leur faute...

- Tu as peut-être raison... Que l’on dévore simplement les lions et que l’on empale les gardes... Euh ! Non, l'inverse... Enfin, tu m'organiseras ça au mieux Indira…

 

19

Alors qu'Indira œuvrait pour son empereur, la guerre se préparait. Et ce n'était pas une de ces petites guerres qui se contentent de ravager un pays et de traîner modestement derrière elles la famine et la maladie. Non ! C'était une guerre universelle, une guerre céleste, une guerre de dieux. Les deux armées qui s'étaient constitués pour cette belliqueuse occasion étaient si vastes que nulle terre n'aurait pu les porter. Aussi ce fut au ciel qu'elles se rencontrèrent.

Les cavaliers et les lanciers célestes de Shangdi formaient une immense colonne qui serpentait entre les planètes. Leur nombre dépassait celui des gouttes d'eau que l'on peut trouver dans un océan. Ils emmenaient avec eux leurs machines de guerre, catapultes à comètes, lance-météores, arbalètes anti-dragons, brûleurs de nuages, bombe H, et autres chars célestes, bref, tout l'attirail des tueurs de dragon. Ils étaient menés par Erlang, le second de l'empereur, maître du chien céleste Tiangou qui pouvait jouer à la balle avec les astres.

Face à eux, les soldats de Longwang étaient en nombre tel qu'ils obscurcissaient le ciel. Ils étaient accompagnés de milliers de nuages portant les tribus d'hommes, de géants et de monstres alliées aux dragons.

L’empereur avait pour lui des bataillons de vent furieux menés par le comte Fengbo. Longwang leur opposait des géants porteurs de montagnes. Pour servir Shangdi, Leigong seigneur du tonnerre, avait fait forger des éclairs acérés de plus de cinq lieues de long et Yushi, le maître de la pluie, préparait sa jarre magique pour noyer le feu des dragons et les emporter dans des flots déchaînés. Mais les rois dragons des quatre mers,Ao Guang, Ao Qin, Ao Run et Ao Shun avaient répondu à l’appel de Longwang, et eux aussi commandaient aux éléments et pouvaient provoquer tempêtes et trombes destructrices.

 

20

Ainsi les deux armées semblaient d’une égale démesure. Il est dit que lorsqu’elles se rencontrèrent, la bataille dura tout un siècle. Beaucoup de dragons périrent sous les sabres et les pics des chevaliers célestes, mais les soldats de l'empereur furent également décimés par le souffle de feu des guerriers de Longwang. Les flammes se mêlaient aux foudres et les griffes des dragons frappaient les lances et les boucliers des héros. Le ciel était tantôt obscurcit par de sombres tornades et tantôt illuminé par des incendies qui l'embrasaient.

Le combat semblait devoir durer encore un millénaire. Au bout d’un siècle pourtant, l’un des deux camps l’emporta provisoirement sur l’autre. Un héraut fut dépêché en grande hâte jusqu’au palais céleste, pour rendre compte à l’empereur Shangdi de l’issue de la lutte.

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Par Lucrèce88 - Publié dans : Epoque 1 Livre 1 Chapitre 1
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Vendredi 28 août 2009 5 28 /08 /Août /2009 19:02

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21

- Brave messager, demanda l’empereur, m’apportes-tu de bonnes nouvelles ? Nos troupes sont-elles victorieuses ?

- Sublime splendeur, répondit le héraut, vos soldats se sont battus avec une héroïque ardeur. Longtemps les dragons se souviendront du tranchant impitoyable de leurs sabres et de la morsure cruelle de leurs hautes piques.

- Fort bien ! sourit Shangdi, mais l’armée de Longwang est-elle entièrement détruite ?

- J’y viens, noble magnificence, mais laissez-moi auparavant vous conter comment Cheng Huang, votre fier général, franchit avec ses bataillons les portes de la grande ourse, pour infliger de lourdes pertes aux dragons qui campaient sur les rives de la voies lactée. Il mania si bien son sabre de lumière qu’il retrancha la tête à plus de 100 dragons !

- Gloire à lui ! lança Shangdi. Mais sommes-nous bien victorieux ?

- Les vents vos serviteurs furent braves à la bataille, continua le messager, ils emportèrent plus d’un dragon noir que Longwang avait lancé sur notre aile droite pour y cracher leur feu de nuit…

- Certes, le coupa l’empereur quelque peu irrité par la logorrhée de son serviteur, mais l’issue de la bataille, quelle fut-elle ?

- Hélas, hélas ! se mit à pleurer le messager, nous avons vaillamment combattu, mais Longwang lui-même c’est lancé dans la bataille ! Avec sa queue immense, il balaya les braves chevaliers célestes, et déchaîna sur eux une terrible tempête de feu. Il s'attaqua à Tiangou, le chien céleste de votre dévoué Erlang et le grilla proprement ! Puis il rossa son maître qui dut fuir la bataille avec un œil poché et un bras cassé ! L’abominable dragon était partout ! Il enflammait les nébuleuses, projetait des météores et renversait les astres ! Il insuffla un nouveau courage à ses soldats brutaux qui par malheur mirent en déroute nos plus vaillants bataillons. Et bientôt se fut au tour de votre armée entière de connaître la défaite ! Les lanciers impériaux s’enfuirent dans les cieux, ainsi que des nuages filandreux chassés par un vent cruel et un soleil impitoyable…

A ces mots, Shangdi ne put contenir sa colère.

- Assez, traître ! Lâche déserteur ! Qu’on lui coupe la tête !

Shangdi claqua des doigts et la tête du messager roula sur le sol. Puis l’empereur hurla qu’il voulait rencontrer au plus tôt ses généraux pour réorganiser son armée et préparer une audacieuse contre attaque.

Mais à cet instant, il perçut une aveuglante lumière qui envahissait le palais en même temps qu’une insoutenable vague de chaleur. Il partit sur la tour la plus élevé du septième ciel pour observer quel pouvait être la cause de cet inquiétant phénomène. Alors sa colère se changea en terreur, quand il vit fondre sur le palais céleste, dix soleils brûlants !

 

22

Longwang en effet, avait décidé d’anéantir son adversaire avant que son armée ne pût être reconstituée, et pour ce faire, il avait assemblé la plus formidable machine de guerre qui fut jamais construite.

Elle était constituée par les 10 soleils du Levant, reliés à 100 liens colossaux qui plongeaient au cœur de leur fournaise. Ces chaînes immenses, dont chaque anneau aurait pu encercler une grande cité, avaient été spécialement forgées par de savants dragons alchimistes, dans de profonds brasiers souterrains. Les métaux rares qui les composaient, leur permettaient de ne point fondre au contact des flammes solaires. Elles étaient tendues dans le ciel sur des lieues et des lieues et se ramifiaient en une multitude de chaînes plus petites tirées chacune par plus de 1 000 dragons.

Quand les tours du palais céleste apparurent à l’armée innombrable qui tirait cette prodigieuse machine, Longwang donna l'ordre de lâcher les astres incandescents. Et les 10 soleils chutèrent dans le ciel pour embraser le palais impérial.

 

23

Du haut de sa tour, l'empereur observait catastrophé leur course brûlante. Il gémit :

- Le misérable dragon ! Il n’avait pas le droit ! Le voilà qui nous condamne tous ! Comment arrêter ces monstres de feu ? Ils vont détruire mon beau palais et moi avec !

Indira qui était à ses cotés tenta de le rassurer :

- Du calme mon chou, lui dit-elle, demande à tes armées de décocher leurs flèches, leurs lances, et tout ce qui va bien contre les fils chéris de Longwang, Peut-être parviendront-ils à les arrêter...

Et ainsi fut fait. Mais toutes les flèches et tous les instruments lancés par les gardes célestes brûlèrent avant de toucher les soleils.

Alors, comprenant la vanité de leur effort, tous dans le palais céleste se préparèrent à périr.

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Par Lucrèce88 - Publié dans : Epoque 1 Livre 1 Chapitre 1
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Samedi 29 août 2009 6 29 /08 /Août /2009 14:47

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24

Un jeune dieu de la cour impériale, ne se résolut cependant pas à la défaite et à la mort.  Il avait pour nom Yi et possédait un arc d’argent gigantesque, le plus puissant du palais, ainsi qu’un carquois remplit de flèches d’or à pointe de diamant. Yi était tout à fait digne de son arme fabuleuse, car il était le meilleur archer de son temps. L’acuité de ses yeux clairs aurait fait passer les aigles des montagnes pour des taupes myopes et son bras était si sûr et si précis qu’il pouvait abattre d’un trait une mouche excitée à mille lieues de distance.

Sans en avoir reçu l'ordre, Yi grimpa sur la plus haute tour du palais et contempla avec colère les dix astres meurtriers. Il banda son grand arc, visa le soleil le plus proche et lâcha son trait étincelant. La pointe de diamant de sa flèche résista à la chaleur terrible de l’astre et le frappa dans son seul point faible, une petite tâche rouge qui marquait sa surface. De violentes explosions déchirèrent soudain la forme du soleil qui dévia de sa course, s'éteignit et mourut.

 

25

Les armées de l'empereur reprirent alors courage et saluèrent l'exploit de l'archer.

Shangdi qui avait observé la scène, se tourna vers Indira et lui dit :

- Quel champion que ce petit archer ! Mais qui est-ce ?  Sa tête ne me dit rien...

- C'est Yi, le très fameux archer ! répondit Indira. Il est formidable, hein mon chou... Vas-y Yi, continue, tu les auras tous !

Et effectivement Yi récidiva son exploit et abattit 8 nouveaux soleils dans la journée, jusqu'à ce que l'empereur intervienne :

- Ho, du calme fiston ! ne descend pas le dernier, sinon nous n'aurons plus rien pour nous éclairer, et la nuit éternelle régnera sans partage sur le Territoire.

Comme s'il avait entendu les paroles de  l'empereur, le dernier soleil stoppa sa course et s'enfuit pour rejoindre sa place dans le domaine du dragon.

Et ce fut depuis ce jour que le Levant, ne posséda plus qu'un soleil, ce qui n'était que justice, car pourquoi aurait-il bénéficier de plus de lumière que les Territoires voisins ?

 

26

Après avoir accomplit son exploit, Yi fut porté en triomphe dans le palais céleste et il put jouir pendant trois jours des félicités offertes par les harems de l'empereur.

Ce ne fut qu'une fois la liesse céleste quelque peu émoussée que Shangdi le fit discrètement jeter dans un cachot bien sombre et bien profond, car Indira lui avait fait les yeux doux, et qu'en fin de compte il avait agi sans respecter les ordres. Et puis cela servait de leçon à tous les petits malins qui voulait être plus populaire que l'empereur...

Mais la guerre n’était pas terminée pour autant. De nouvelles batailles se préparaient et elles s’annonçaient dures et indécises. Qui donc pouvait en sortir vainqueur ? Le Territoire tout entier n’allait-il pas être ravagé avant que le conflit déchirant le ciel ne fût terminé ? Où se cachait enfin la brillante étoile de l’empereur, cause de tant de malheurs ? Cher lecteur, patientez donc un peu, vous n’obtiendrez la réponse à ces questions qu’après avoir pris des nouvelles des autres Territoires….

Par Lucrèce88 - Publié dans : Epoque 1 Livre 1 Chapitre 1
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Dimanche 30 août 2009 7 30 /08 /Août /2009 13:51

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“ …L’amour qui meut le soleil et les autres étoiles. ”

Dante, Le Paradis.

 

  

Chapitre 2 : Comment la Terre vint à la rencontre des étoiles



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Après avoir découvert le Levant au chapitre précédent, laissez-vous emporter sur la mer des songes jusqu’au Territoire du Soleil. Cet univers devait son nom au grand luminaire de son ciel, à son astre du jour, le plus beau, sans doute qui éclaira jamais l’Imaginaire. Créé par le grand Aigle, le dieu suprême du Territoire, ce cercle flamboyant était l’aboutissement de quatre époques et de quatre créations, il résultait de la conjonction de quatre soleils plus anciens, les astre d’eau, de terre, de feu et de vent. Après avoir parcouru son orbe quotidien, ce cinquième et ultime soleil, se rafraîchissait dans les plis de l’océan avant  d’accomplir le voyage souterrain qui le ramenait au pays de l’aube. La lune et les étoiles n’était pas encore apparues de ce côté du monde, mais la nuit n’était pas toute entière livrée aux ténèbres, car les êtres et les choses gardaient en eux un peu de l’incomparable lumière du jour.

 

28

Or, rappelez-vous le 6ième paragraphe, cher lecteur ! De l’union entre le serpent céleste et le Territoire du Soleil était né Quetzalcoatl le serpent à plumes. Dès que la terre l'eut libéré de ses entrailles, cet étonnant reptile se tint face au soleil et déploya ses ailes multicolores. Car bien qu'il vînt de naître, Quetzalcoatl était déjà adulte et savant. Pendant toute la durée de sa gestation, enfoui dans la glèbe chaude, il avait appris les secrets de la terre. Il avait côtoyé les déesses chthoniennes, les grâces du limon, qui l’avaient guidé jusqu’à la caverne des semences et l’avaient initié aux mystères végétaux. Quand il naquit, il se tourna en premier vers l’astre du jour et fut pénétré de sa force. Quetzalcoatl devint ainsi le grand connaisseur des plantes qui comme lui partent du sol pour pousser vers le soleil. Dans ce domaine, la science du serpent à plumes était immense. Et comme il était bon, il fit partager son savoir aux hommes et leur indiqua comment faire pousser les plantes bonnes à manger, comment récolter les plantes bonnes à fumer et comment préparer les plantes bonnes à sentir.

 

29

Les mortels bipèdes virent qu'ils tenaient là un bon guide et en firent leur roi. Quetzalcoatl construisit avec leur aide une magnifique cité. Il fit appel aux pouvoirs du grand Aigle pour déplacer dans les airs des blocs d’or colossaux, si vastes, que 1 000 hommes pouvaient se tenir debout sur un seul d'entre eux. Le serpent à plumes s'en servit de briques pour bâtir les murailles et les tours de sa ville. Ses remparts étaient hauts de plus de 100 de ces énormes blocs et ses tours de plus de 1 000. A l’intérieur de sa cité, Quetzalcoatl éleva de nombreux temples, de hautes et brillantes  pyramides que des milliers de marches permettaient de gravir. Tous avaient leur entrée tournée vers le soleil levant. Ils étaient pénétrés au matin par les lueurs de l'astre, qui renvoyées par de nombreux miroirs, éclairaient jusqu'à leur fondation. Dans ces temples, les hommes ne priaient pas, mais ils jardinaient. Car ces pyramides n'étaient rien d'autre que des serres où s'épanouissaient toutes les espèces de végétaux. Certaines étaient consacrées aux fleurs, d'autres aux herbes et aux fougères, d'autres encore aux arbres. D’autres enfin offraient les céréales et les fruits les plus délicieux qui se pouvaient trouver, maïs doré, cacao, tendres sapotes, prunes et anones sucrées.

Bientôt, les hommes n’eurent plus besoin de chasser pour assurer leur subsistance. Les plantes leur offraient généreusement de quoi se nourrir et de quoi se vêtir. Elles donnaient leurs sucs et leurs sèves pour confectionner des remèdes qui guérissaient tous les maux.

 

 

30

Tout allait donc pour le mieux dans le Territoire du Soleil. Tout ? Il manquait pourtant l'essentiel aux hommes de cette terre. Car s'ils avaient trouvé un guide, ils n'avaient pas encore trouvé d'épouses. Et pour cause, les femmes n'étaient pas encore apparues sur le Territoire ! La cité d’or de Quetzalcoatl, si belle fût-elle, n'était qu'un repère de vieux garçons.

Pour couronner le tout, un autre dieu jaloux rêvait de la détruire, Il s'agissait de Tezcatlipoca le dieu jaguar. Ce perfide félidé, amoureux de la nuit et ennemi des œuvres du grand Aigle, avait fondé dans les profondeurs du Territoire un royaume infernal, une géhenne baroque, peuplée des jaguars et des pumas de 20 pieds de hauts qui se lavaient dans le feu et se nourrissaient d'âmes. Si les fauves infernaux étaient les chouchous de Tezcatlipoca, d'autres peuples lui étaient inféodés comme les hommes oiseaux, les hommes jaguars, les filandreuses Tzitzimimes, les serpents à sonnettes, les sorciers aigris et les lézards venimeux.

Or donc Tezcatlipoca était jaloux et il observait avec rage la construction de la cité d'or du serpent à plumes. Car lui aussi aurait voulu être aimé des hommes, et leur imposer son culte. Il briguait le titre de roi des humains et ce parvenu de Quetzalcoatl venait lui voler la place. Vraiment ! A-t-on idée ! ... Le dieu jaguar ruminait ainsi d’aigres pensées de vengeance :

- Les hommes me dégoûtent ! rugissait-il. Ils cessent de m’honorer, moi le grand chasseur, le fauve sanguinaire et victorieux, pour cultiver la terre et suivre ce nigaud de serpent à plumes. Beurk ! Je vais leur montrer, ce qu’il en coûte de se ramollir à l’abri des murs d’or de leur cité et je ferais payer cher à Quetzalcoatl son insupportable bonté !

Par Lucrèce88 - Publié dans : Epoque 1 Livre 1 Chapitre 2
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Lundi 31 août 2009 1 31 /08 /Août /2009 21:20

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31

Tezcatlipoca rassembla une armée d'hommes oiseaux et d'hommes jaguar, de bêtes féroces et de sorciers, et partit à l’assaut de la cité d’or. Les hommes, surpris par cette attaque alors qu'ils œuvraient pour embellir leur ville ou qu’ils jardinaient dans leurs temples, ne durent leur salut qu'à la hauteur de leurs remparts.

Mais Quetzalcoatl vint aussitôt leur porter secours. Ce sacré serpent à plumes était un rude guerrier. Armé d'un glaive et d'un bouclier il entraîna derrière lui les citadins les plus robustes, et repoussa les jaguars qui bondissaient dans la cité. Il laissa les hommes détruire les échelles et les tours des créatures de Tezcatlipoca, et partit dans le ciel combattre les hommes vautours. Il en tua un si grand nombre que les milliers de plumes qui ornaient son long corps, n'étaient pas assez nombreuses pour commémorer ses victoires.

L’armée de Tezcatlipoca se replia autour de la cité. Malgré le siège qu’ils menèrent durant des mois, les soldats du Jaguar ne purent jamais soumettre la ville. Et derrière leurs remparts, les hommes se moquaient bien des monstres affreux qui les menaçaient, car grâce à leurs cultures, ils pouvaient se préparer de bons repas, alors que leurs adversaires faisaient grise mine en grignotant des racines au dehors.

 

32

Tezcatlipoca comprit que la cité humaine pouvait résister des années, jusqu’à ce qu’enfin ses propres troupes se lassassent. Il décida donc d'user de sa magie pour parvenir à ses sinistres fins. Une nuit, devant un grand feu, le Jaguar se métamorphosa. Par la puissance d’un sortilège dont il avait le secret, il se changea en serpent à plumes. Et cette transformation était plutôt réussie, car jusqu'au bout des ailes, Tezcatlipoca ressemblait à son rival.

Le faux serpent à plumes s'envola dans l'obscurité de la nuit et passa les remparts de la cité humaine. Il atterrit devant le temple royal et se mit en quête de son ennemi. Dans les couloirs du temple, les gardes crurent reconnaître leur maître et le laissèrent passer. Tezcatlipoca pénétra ainsi la chambre de Quetzalcoatl et se prépara à l'éliminer.

 

33

C'est à n'y rien comprendre... Ce 33ième paragraphe me donne la berlue ! Il y a deux serpents à plumes ! Moi-même je ne distingue pas le vrai du faux et pourtant je connais déjà toute l'histoire ! J'y suis... Le serpent dressé toutes ailes écartées au-dessus de l'autre qui dort, doit être le méchant. Cet affreux accabla d’un terrible sortilège le pauvre Quetzalcoatl endormi ! Notre serpent à plumes s'entoura d'un cercle de flammes écarlates, son corps fut enveloppé d'une sombre fumée et d'un coup il disparut, sans doute consumé par l'horrible maléfice.

Une fois son forfait accomplit, Tezcatlipoca quitta la chambre et vint parler aux capitaines de l'armée humaine. Il leur ordonna d'ouvrir les portes de la cité pour que ses armées pussent y pénétrer.

Par Lucrèce88 - Publié dans : Epoque 1 Livre 1 Chapitre 2
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Mardi 1 septembre 2009 2 01 /09 /Sep /2009 20:39

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Mais les hommes n'étaient pas si bêtes que ça et ils trouvèrent ce commandement plutôt farfelu. Ils répondirent au Jaguar :

- Dis donc Quetzalcoatl, tu as du trop prendre le soleil cet après-midi ou bien tu as du abusé du pulque ! Pourquoi veux-tu ouvrir les portes à nos ennemis ? Ils vont nous massacrer !

Le Jaguar un peu troublé répondit alors :

 - Ils se sont tous enfuis ! Regardez donc par-dessus les remparts ! Ces lâches ont abandonné leur siège, la victoire est à nous !

Les hommes un peu étonnés, décidèrent de jeter un coup d’œil sur le campement ennemi. Tezcatlipoca se concentra très fort et par la puissance de sa magie il donna à ses soldats l'apparence de buissons, de ronces et de cactus.

Les hommes virent que leurs adversaires étaient bien partis, mais ils demeurèrent tout de même méfiants :

- C'est vrai que ces imbéciles semblent s'être volatilisés... dit l’un d’eux. Mais il fait bien sombre... Ils sont peut-être cachés...

- Je me demande pourquoi les cactus poussent en si grand nombre ? remarqua un autre.

- Et puis il ne faut pas ouvrir les portes en pleine nuit ! protesta un troisième. Un courant d’air terrible va encore traverser la ville et provoquer des maux de gorge !

 Les chefs humains décidèrent donc unanimement qu'il était plus sage d'attendre le jour pour ouvrir les portes et vérifier que l'armée du Jaguar avait bien décampé.

Tezcatlipoca sembla se ranger à leur avis, mais en secret son cœur bouillonnait de colère, car ses petites illusions ne durait que la nuit, et avec le lever du jour ses enchantements avaient la fâcheuse habitude de disparaître.

Il eut alors recours à une nouvelle ruse que seul son statut de dieu lui permettait de réaliser. Pendant que les hommes tournaient le dos il lança un sortilège au soleil encore caché derrière l'horizon. Et ce charme plongea l'astre dans un si profond sommeil qu'il n'apparut pas dans le ciel à l'heure dite pour chasser la nuit. Ainsi l'obscurité perdura sur la cité en même temps que les maléfices du Jaguar. Et celui-ci se dit que tôt ou tard les hommes finiraient par ouvrir les portes à ses armées.

 

35

L'affreux Tezcatlipoca allait-il obtenir ce qu'il voulait ? Pas sûr... Car contrairement à ce qu'il croyait, le serpent à plumes ne s'était pas consumé dans son feu magique. Il s'était tout simplement enfoncé sous terre pour échapper aux flammes qui le pourchassaient. Et pour fuir à la magie du jaguar il dut partir bien profondément dans le sol... Si profondément qu'il atteignit le centre de la terre. Là, il parvint au cœur du royaume chthonien des Pipintu...

Vous vous demandez sûrement à quoi ressemblaient les Pipintu ? Et bien sachez qu'il s'agissait de nains souterrains de quelques pieds de haut qui avaient aménagé d'immenses galeries jusqu'au centre de la terre pour y entasser des trésors fabuleux. Les Pipintu avaient l'étrange particularité d'être dépourvus d'anus. Et cet oubli fâcheux dans leur anatomie leur causait bien des soucis. Notamment il les empêchait de déféquer et donc de se nourrir. Tout au plus leur était-il permis de renifler la saveur des mets pour se rassasier.

Quand ils virent Quetzalcoatl débouler dans leurs grottes, ils l'entourèrent et le présentèrent à leur roi. En vérité les nains n'étaient pas mécontents de rencontrer un dieu de la surface car ils avaient de nombreuses doléances à lui présenter.

 

36

Le roi des Pipintu parla au serpent à plumes en ces termes :

- Ecoute, le monde est injuste ! Nous autres du monde d'en bas, nous recevons toutes les saletés de la surface sur la tête. Vos sales déjections, vos excréments infects nous arrivent droits dessus. Nos trésors étincelants sont couverts d'ordures. Ainsi notre argent à son odeur. Quelle infamie pour nous qui ne polluons rien du tout, car nous en sommes incapables... Ne pourrais-tu pas dire aux gens d'en haut de nous témoigner un peu plus de respect ?

Quetzalcoatl répondit alors :

- Ecoute bon roi Pipintu, je ne peux pas ordonner aux hommes et aux animaux d'arrêter de faire leurs besoins dans la terre. Je ne peux pas non plus leur dire de les jeter au ciel... Pourquoi ne remonteriez-vous pas à la surface... Si vous le décidez, je conseillerai aux hommes de vous laisser vivre en paix dans les forêts. Hélas à cette heure la surface est déchirée par une terrible guerre. Tezcatlipoca, le cruel dieu jaguar m'a chassé par sa magie, et il assiège en ce moment même la cité que j’avais offerte aux humains. Ne savez vous pas où je pourrais trouvez de l'aide pour vaincre ce fauve sanguinaire ?

- Remonter à la surface nous obligerait à abandonner nos trésors, répondit le roi Pipintu... Mais malgré ce sacrifice, nous étudierons ton offre. Quant à ton rival, le dieu Jaguar, si tu veux t'en débarrasser, demande donc l'aide de Tlaloc, le dieu de la pluie et du tonnerre, qui vit dans les étoiles à l'autre bout de la terre !

Quetzalcoatl remercia les Pipintu pour leur bon conseil et se remit en route. Parmi les nains, nombreux furent ceux qui suivirent son avis et qui se rendirent à la surface... Mais cela est une autre histoire... Suivons plutôt celle de notre serpent à plumes au prochain paragraphe...

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Mercredi 2 septembre 2009 3 02 /09 /Sep /2009 17:17

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37

Après un bien long voyage, Quetzalcoatl déboucha de l'autre coté du monde, sous un ciel d’obsidienne éclairé par un disque d’argent et d’innombrables éclats lumineux. Le serpent à plumes, en fut grandement étonné. Il n’avait jamais vu de lune ni d’étoiles, car à l’autre bout de la terre, la nuit ne supportait aucun luminaire.

Allant de surprise en surprise, il aperçut un grand escalier d'or qui montait jusqu’aux astres brillants. Sans hésiter, Quetzalcoatl gravit quatre à quatre les marches célestes. Et cet escalier fort commode le conduisit dans les régions sidérales, au cœur même du royaume de Tlaloc.

 

38

Le dieu de la pluie, confortablement assis sur la toile du ciel, reconnut l’essence divine de Quetzalcoatl et l’accueillit chaleureusement. Se rapprochant de Tlaloc, Quetzalcoatl observa les sujets du dieu qui s’affairaient sur leurs astres étincelants. Le peuple des étoiles était uniquement composé de femmes ! Bien qu’il les vît pour la première fois, le serpent à plumes songea que ces gracieuses créatures pourraient bien intéresser les hommes de l’autre coté de la terre. Il n’en dit cependant rien et expliqua la raison de sa visite. Tlaloc apprit ainsi les perfides tentatives du Jaguar pour s’arroger le gouvernement des hommes. Quetzalcoatl lui était fort sympathique, car comme le serpent à plumes, le dieu de la pluie vouait un grand amour aux plantes. Il essayait d’en cultiver de multiples variétés sur ses étoiles, mais elles ne poussaient pas bien, malgré les généreuses ondées dont il les gratifiait. Quetzalcoatl venta alors la terre de son pays, et expliqua qu'il n'y en avait pas de meilleure pour garantir la croissance des semences. Ecoutant ce dernier argument, Tlaloc se déclara prêt à aider le serpent à plumes et décida de partir immédiatement en guerre contre le Jaguar.

 

39

Les filles des étoiles s'armèrent et suivirent leur dieu. Elles appareillèrent sur de grands oiseaux, si vastes qu'une cité tout entière pouvait tenir entre leurs ailes, et rejoignirent la surface. Là, Quetzalcoatl montra à ses nouveaux alliés le trou qui lui avait permis de traverser la terre de part en part en voyageant dans les profondeurs chthoniennes. Mais quand Tlaloc vit ce passage, il refusa de s'y engager. Il rappela qu'il était un dieu du ciel et de la pluie, et qu'il pouvait difficilement crapahuter dans d'étroits boyaux souterrains. Les femmes qui l'accompagnaient étaient bien d'accord avec lui. Pour rien au monde elles n'auraient voulut plonger dans cette salissante obscurité. Pourtant c'était le seul chemin que connaissait Quetzalcoatl. Le serpent à plumes se mit alors à s’inquiéter grandement pour sa cité, car le temps passait et il craignait que le Jaguar n'eût déjà soumis les hommes par la force ou par la ruse.

 

40

Ces craintes n'étaient pas loin d'être fondées. Car de l'autre coté de la terre, les hommes avaient passé l'équivalent de 40 jours dans l'obscurité. Et sans cesse, Tezcatlipoca sous son apparence de serpent à plumes leur recommandait d'ouvrir toutes grandes les portes de la cité. Mais les hommes ne lui cédaient pas, car son comportement leur paraissait trop différent du dieu qu'ils avaient connu. Pour vaincre leur réticence, le Jaguar finit par leur dire que le seul moyen de faire revenir le soleil était d'ouvrir toute grande leur ville aux rayons du jour, car l'astre était frappé par un maléfice que seule cette action pouvait conjurer.

Après tous ces jours passés sans soleil, les hommes étaient près à tout pour voir la lumière réapparaître. Ils décidèrent donc de suivre les conseils de leur dieu. Mais alors même que grinçaient les battants des portes, un bruit terrible se fit entendre. Le monde entier sembla tourner autour de la cité. Les hommes crurent être précipités dans un insondable abîme et au terme d'une hallucinante tempête céleste, un ciel nouveau apparut devant leurs yeux.

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Jeudi 3 septembre 2009 4 03 /09 /Sep /2009 20:19

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41

Que c'était il donc passé ? Quetzalcoatl avait tout simplement trouvé un moyen de retrouver sa cité ! A l'autre bout du monde il avait regagné le domaine céleste de Tlaloc. Puis en combinant sa magie à celle du dieu de la pluie il avait réussi à faire tourner la terre sur elle-même pour amener sa cité juste en dessous du ciel étoilé. Et croyez-moi, ce ne fut pas une mince affaire ! Aujourd'hui encore, les plus savants sorciers se demandent comment nos deux dieux ont pu réaliser un tel exploit. D'aucuns racontent qu'ils accrochèrent des cordes immenses à la terre et qu'ils tirèrent de toutes leur forces pour la faire pivoter. D'autres affirment qu'ils déchaînèrent un vent cosmique si violent qu'il retourna la terre. Pour ma part, je vous invite modestement à imaginer vous-même par quel moyen merveilleux ils réussirent ce tour de force.

Quelqu'en fût la cause, le résultat était là. Plongées sous la pâle lueur de la lune et des étoiles, les êtres transfigurés par la magie du jaguar reprirent leurs formes originelles. Les forêts de cactus redevinrent des armées prêtes à l’assaut. Voyant leur ennemi réapparaître, les hommes refermèrent juste à temps les portes de leur cité.

 

42

Mais dans le temple royal, Tezcatlipoca reprit lui aussi son apparence originelle de dieu Jaguar. Finit de rire ! Il déchira les hommes qu'il pouvait attraper et entreprit d'ouvrir lui-même la ville à ses armées. Il comptait cependant sans le retour du serpent à plumes et de ses alliés. Tlaloc se jeta avec ardeur dans la bataille. Son bâton magique lâchait un trait lumineux plus brûlant que le cœur des volcans et sa foudre  réduisait en cendres ses plus coriaces ennemis. Il appela ses nuages de grêles et de pluie noire, ses éclairs et ses trombes, et les fit choir sur les armées du Jaguar. Quant aux guerrières des étoiles, elles descendirent de leurs grands oiseaux, pour aller tailler en pointe les oreilles des créatures de Tezcatlipoca. Elles firent des brochettes d'hommes jaguars et attachèrent des casseroles à la queue des félins géants ! Considérant avec rage la déroute de ses armées, le Jaguar prit sa plus terrible forme, celle d'un grand guerrier hybride, armé d'une massue et d'une lance à pointe d'émeraude. Bondissant par dessus les remparts de la cité, il atterrit plein de colère sur le champ de bataille.

 

 

43

Seul Tlaloc et Quetzalcoatl étaient de taille à l'affronter. Le Jaguar attaqua d'abord le serpent à plumes qui dévia la pointe avide de sa lance. Tezcatlipoca leva alors sa massue mais un rayon partit du bâton de Tlaloc et fit choir son arme. Alors, la fureur du dieu devint terrible. Il se transforma en un jaguar énorme, plus grand qu'une montagne, arracha du sol une colline et voulut la projeter sur ses ennemis pour les écrabouiller.

Mais Tlaloc pointa de nouveau son bâton, et le rayon rouge qui en jaillit changea la colline en un amas de laves fumantes qui éclatèrent au-dessus de la tête de Tezcatlipoca. Une pluie de feu retomba sur le corps du Jaguar qui s'enfuit en hurlant, derrière ses soldats en déroute. Et c’est en vérité depuis ce temps que le corps des jaguars est marqué de braises.

 

44

Ainsi fut sauvée la cité du serpent à plumes. Le combat achevé, les deux dieux unirent leurs efforts pour faire de nouveau pivoter la terre et la placer sur son ancien axe. Afin de remercier Tlaloc, Quetzalcoatl promis d'instaurer un culte en son honneur. Le dieu du ciel d’obsidienne, flatté, accepta de rejoindre le pays du soleil et il accorda dorénavant suffisamment de pluie aux hommes pour faire prospérer leurs récoltes. Les étoiles et la lune suivirent leur dieu et prirent place au-dessus de la cité humaine tandis que soleil, tiré de sa torpeur, remontait dans le ciel. Tlaloc et Quetzalcoatl considérèrent alors que le firmament était bien encombré. Ils convainquirent la lune et les étoiles de n’apparaître que la nuit et réservèrent le jour au seul soleil. Réglant les durées diurnes et nocturnes selon les saisons ils établirent deux calendriers, l’un pour la lune, de 260 nuits et l’autre pour le soleil de 365 jours de façon à ce que les deux comptes se recoupassent tous les 52 ans.

- Quelle joie ! s’exclama alors Quetzalcoatl. Je gage que si un jour un livre est consacré au merveilleux, il comportera 52 chapitres pour rendre hommage à notre œuvre !

- Deux fois 52 chapitres ! renchérit Tlaloc. Pour honorer le jour et honorer la nuit, pour commémorer le nom de Quetzalcoatl et ce lui de Tlaloc !

 

45

Ainsi parlaient nos deux dieux enthousiastes. Mais qu’en était-il des guerrières sidérales, des filles des étoiles qui avaient suivi Tlaloc ? Et bien apprenez qu’elles se trouvèrent si mal en compagnie des hommes, qu'elles décidèrent de s'unirent à eux. Ainsi gagnèrent-ils en bonheur ce qu'ils perdirent en tranquillité...

Jugez-en, au terme de cette aventure heureuse, les hommes du Soleil avaient obtenu des compagnes, un ciel étoilé et de bonnes récoltes... Que demander de plus ! Il s'en suivit une ère de paix et de prospérité dont bénéficia l’ensemble du Territoire. Mais tout ne se passait pas si bien ailleurs. En Terre Noire, Les rapports entre les deux sexes étaient beaucoup plus conflictuels, comme vous allez l'apprendre dans le chapitre suivant...

Par Lucrèce88 - Publié dans : Epoque 1 Livre 1 Chapitre 2
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Vendredi 4 septembre 2009 5 04 /09 /Sep /2009 17:34

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De la guerre entre les hommes et les femmes


 

46

Souvenez-vous, alors que l'Entre-Deux-Rêves venait tout juste d'accoucher de ses 4 premiers Territoires qui se peuplaient de dieux, d'humains et d’animaux, un intrus traversa ce monde encore neuf et y fit naître un grand désordre. C'était un grand serpent ailé qui n'appartenait pas aux rêves humains, mais à l'extérieur véritable. Il apparut pour la première fois dans l'espace de la Terre noire, et dérangea Obatala, le dieu suprême de ce Territoire.

Obatala était à la fois homme et femme, à la fois humain et animal et il était l'ambassadeur aussi bien de l'ordre que du chaos. De ses yeux rouges qui illuminaient sa face bestiale, il pouvait observer tous les êtres animés ou inertes de son monde, des lointaines fosses sous-marines, aux plus profonds recoins du ciel. Il ne parlait pas, car il avait fait don de la parole aux créatures de son univers. Jadis, il avait ordonné le monde par son verbe magique, mais ses mots s’étaient usés à cette tâche et la plupart avaient perdu leur pouvoir. Obatala les avait laissé s’envoler de sa bouche pour les abandonner aux humains, aux animaux et aux sorciers qui recueillirent les mots les plus terribles. Aussi quand Obatala aperçut le serpent étranger qui lui passait au-dessus de la tête il ne put que grogner sauvagement pour exprimer son mécontentement de voir son espace aérien ainsi perturbé par un reptile non identifié.

 

47

Obatala allait promptement bondir sur l'insolent serpent quand son attention fut attirée par de terribles éclats de voix qui parvenaient jusqu'à lui. Il reconnut les vociférations du roi Asan et de la reine Ohéné, apparemment partis dans l'une de leur dispute habituelle. Le dieu laissa le serpent filer dans le ciel et il tendit son oreille poilue, car il était toujours distrayant d'entendre se chamailler ceux qui régnaient conjointement sur les humains.

Et voici, fidèlement rapportées dans ce 47ième paragraphe, les paroles échangées entre le roi et la reine :

Asan :

- Alors femme ! Ca traîne en cuisine ! Mon royal couvert est encore vide, qu'est ce que tu fais donc ?

Ohéné :

- Oh dis donc le gros, tu sais à qui tu parles ? Je suis reine autant que toi tu es roi !

- Ah oui ? Et bien une reine doit veiller à ce que l’assiette de son royal époux soit bien et promptement garnie !

- Qui a dit ça ? Et pourquoi pas l'inverse ? Tu sais où tu peux te la mettre ton assiette ?

- Ma très chère reine, mon aimée, unique étoile de ma vie, accepterais-tu de servir à manger au misérable vermisseau que je suis ? ... Sinon je te cogne !

- Très cher époux, approches un peu et je te sers tes gonades en brochettes...

- Tu vas l'avoir ta trempe...

 

48

Le roi bondit sur la reine pour lui distribuer quelques gifles, et la reine, serviable, lui rendit la politesse en rajoutant quelques coups de griffes et de dents. Après s'être copieusement battus pendant toute la nuit, les deux époux se séparèrent épuisés. La reine haletante lança alors au roi :

- Puisqu’il en est ainsi, je te quitte demain, et en partant du palais, j'emmènerai avec moi toutes les femmes du village, pour qu'elles n'aient plus à subir les caprices grotesques et la brutalité des mâles !

- Et bien pars donc avec ton armée de mégères ! répondit Asan. Nous n’allons pas vous retenir, crois-moi ! Finis vos discours stupides, vos humeurs massacrantes… A nous la tranquillité !

Et ainsi, dès le lendemain, toutes les femmes de la Terre Noire, quittèrent la ville immémoriale des hommes pour suivre la reine Ohéné. Elles traversèrent la brousse et les déserts et se perdirent derrière les plis indistincts de l’horizon.

Le jour du départ, les hommes se moquèrent des femmes et se félicitèrent de les voir s’en aller. Mais dès la nuit venue, ils comprirent que personne ne viendrait réchauffer leur couche, qu'aucune main ne viendrait plus les caresser et surtout qu'aucun ventre ne viendrait accueillir ce qui en eux était gonflé de désir. Certains essayèrent de se soulager contre les murs où dans la terre, mais c'était peu pratique et vite lassant. D'autres essayèrent de se consoler entre eux, mais la moitié au moins ne trouva pas ça drôle. Alors ils en conçurent une grande tristesse aggravée de pesants remords et regrettèrent le départ de leurs épouses.

Par Lucrèce88 - Publié dans : Epoque 1 Livre 1 Chapitre 3
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Samedi 5 septembre 2009 6 05 /09 /Sep /2009 21:08

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49

Les femmes supportèrent mieux l'éloignement de leurs conjoints. Avec l’aide des esprits et de conciliants ancêtres, elles fondèrent leur ville sur une plaine fertile. Habiles au maniement du glaive et de l'arc elles devinrent d’impitoyables chasseresses. Redoutables amazones, elles convainquirent les zèbres, les antilopes et les girafes de les porter, afin de pourchasser les lions.

Derrière le cercle magique qui protégeait leur village, les hommes les observaient. Jamais leurs femmes ne leur étaient apparues aussi belles. Les coquettes guerrières s’étaient confectionnées de très affriolantes tenues avec la crinière des lions et la peau des léopards. Elles s’étaient parées de plumes d’autruche et avaient souligné le dessin de leurs lèvres et la pointe de leurs seins d’une ocre délicate. Les mâles libidineux et frustrés en bavaient d’envie. Lorsque les hommes virent le luxueux palais de la reine Ohéné et les non moins somptueuses demeures de leurs anciennes épouses, lorsqu’ils les entendirent rire dans les bassins parfumés qu’elles s’étaient aménagés, leur désir se changea en haine. Ils voulurent se venger des femmes, les punir de se montrer si heureuses loin d’eux.

 

50

Un jour, le roi Asan, plein de ressentiment, partit dans les sombres souterrains qui s'étendaient sous sa cité. Il descendit toujours plus bas dans les labyrinthes troglodytiques, franchit d’étroites galeries et des passages obscurs, pour se rapprocher du cœur palpitant de la terre où s’étendait la demeure des prêtres noirs.

Les prêtres noirs étaient les gardiens d’Onile, la Terre-mère, l’Ile originelle du Territoire. Leur royaume d’outre-monde, peuplé de monstres, d’esprits inachevés et de forces chaotiques, débordait le sous-sol et englobait la lune ainsi que les plus obscurs corps célestes. L’Ile s’opposait à l’Orun, le ciel lumineux, garant de l’orbe diurne du soleil. L’Orun était peuplé d’esprits lumineux qui pour compenser la perte de la lune, avaient conquis quelques pierres de clarté au sein des profondeurs. Fruit androgyne de la conjonction entre le ciel et la terre, entre l’ordre et le chaos, entre les principes masculin et féminin, Obatala avait ordonné par son verbe le monde des végétaux, des hommes et des animaux. Grâce à lui, les forces d’Onile s’incarnaient en être vivants, générations après générations, au rythme régulier des tambours de l’Orun.

Les prêtres noirs n’étaient cependant pas ses enfants. Quoique leur apparence les désignât comme humain, leur esprit les apparentait à une autre race. Ils étaient les rejetons de Yemoya, la plus ténébreuse déesse de l’Ile, la redoutable gardienne de l’incréé. Connaissaient les mots de pouvoirs, ils pouvaient enchaîner les êtres et les choses à de terrifiante malédictions. A cause de cette inquiétante faculté, les hommes venaient régulièrement les consulter, comme le roi Asan au 51ième paragraphe.

 

51

Quand le roi pénétra leur sombre domaine, les sorciers s’écrièrent :

- A l’instar tes ancêtres, tu viens nous visiter, Asan, roi des hommes, et comme eux, tu viens sans doute nous demander d’élaborer envoûtements et maléfices. Qui donc a provoqué ta colère pour que tu suives le même chemin que tes aïeux ?

- Vous les sorciers, vous ne parlez que des choses qui fâchent, répondit Asan, quelque peu irrité par l’accueil des prêtres noirs. Laissez mes mânes en paix et écoutez moi plutôt ! Les femmes nous ont quittés ! Les infâmes traînées, que le malheur les frappe ! Elles n'avaient pas le droit de nous faire cela. Elles doivent être punies ! Qu'elles soient maudites ! Je veux les voir frappées d'un maléfice. Je veux que vous usiez de votre magie pour nous venger. Faites leur subir quelques horribles tourments. Je veux qu'elles souffrent, qu'elles soient humiliées et qu'elles se repentent à jamais de nous avoir abandonnés.

- Nous pouvons faire cela Ô roi ! répondirent les sorciers. Ce n’est pas très difficile, et nous prendront ainsi un peu d’exercice, car nos maléfices se gâtent à n’être points utilisés. Mais ne peux-tu être plus précis ? De quel type de malédiction devons nous les accabler ?

- Quelle malédiction ? Je ne sais pas moi ? Heu... Une sorte de peste... Que leur corps se couvre de pustules... Quoique non, pas des pustules, si elles reviennent, elles pourraient nous contaminer... Alors que leur peau se dessèche et tombe en morceau... Aïe, mais non, ça ne va pas non plus, qu'est ce que je raconte, elles deviendraient imbaisables après un coup pareil... Ha j'enrage ! ... Je voudrais les voir noyées dans des lacs de sang...

- Du sang, reprirent les sorciers ? L'idée est à creuser Ô roi... Reviens nous visiter dans 7 jours, nous t'aurons alors vengé !
Par Lucrèce88 - Publié dans : Epoque 1 Livre 1 Chapitre 3
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Dimanche 6 septembre 2009 7 06 /09 /Sep /2009 18:14

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52

Quand le roi fut parti, les sorciers attendirent que la nuit eût jeté son manteau sur le Territoire pour rejoindre la surface. Ils se tinrent face à la lune et entonnèrent un chant effrayant, composée avec les mots de pouvoirs légués par Obatala. La complainte des sorciers s’envola jusqu’à la lune pour tirer de son sommeil l’indescriptible Yemoya, la puissante gardienne de l’incréé. Et, tandis que l’appel des sorciers raisonnait dans la nuit, un grand vent balaya la terre, et la lune brillante parut se teindre de sang.

Sept jours plus tard, le roi rencontra à nouveau aux sorciers et leur demanda s’ils avaient pu châtier l’insupportable engeance féminine.

Les prêtres noirs ricanèrent :

- Dorénavant, à chaque nouvelle lune, les femmes seront impures et du sang s'échappera de leur intimité. Elles souilleront leurs robes et des douleurs et des langueurs les saisiront.

A ces mots, un sourire illumina le visage du roi Asan :

- Splendide, vraiment splendide ! Je n'y aurais jamais songé… Que cela soit une leçon pour ces mégères insoumises, pour ces crispantes chipies ! ... Sorciers, soyez-en remerciés ! Cette vengeance sera un baume apaisant pour le cœur de tous les hommes !

 

53

Les femmes furent bientôt frappées du terrible mal et le vent traîna sur mille lieues l’écho de leurs lamentations. Elles versèrent bien des larmes, se cachèrent par honte et beaucoup se demandèrent si le sang allait s'échapper  de leurs entrailles jusqu'à ce qu'elles tombassent sans vie.

Sur son trône, la reine Ohéné hurlait de colère. Elle avait souillé sa plus jolie tunique et surtout, elle n'était pas dupe :

- Mon lamentable mari est sûrement à l’origine de ce malheur, s’écriait-elle, j’en donnerais un sein à couper ! Il aura invoqué quelques malfaisantes entités pour nous accabler  de cette peine ! Qu’il soit à son tour maudit, lui et tous les hommes ! Les infâmes porcs velus ! Les horribles mâles arrogants ! Nous leur ferons payer… C'est la guerre !

Une grande armée fut levée sur ordre de la reine. Les guerrières furieuses, montèrent leurs zèbres rapides, leurs puissantes antilopes et leurs girafes immenses, elles s’armèrent d’arcs, de couteaux et d’épées et partirent comme un vent de tempête sur les plaines du Territoire. A peine furent-elles ralenties par une tribu de pasteurs qui menait paisiblement ses buffles à travers la savane. Décidées à éradiquer tous les mâles de la terre, elles massacrèrent les éleveurs vagabonds et s’emparèrent de leur troupeau, avant de repartir en direction de la cité du roi Asan, avec la ferme résolution d’empaler le monarque sur la plus haute tour de sa ville.

 

54

Asan eut bien vite des nouvelles de la fureur féminine. Des messagers lui rapportèrent comment les impitoyables guerrières avaient exterminé les nomades et comment elles avaient accroché autour de leurs cous les virils attributs qu’elles avaient retranchés à leurs victimes. Le roi en frémit. Il n’avait pas prévu une aussi violente réaction de la part de ce sexe qu’il croyait faible. En grande hâte, il leva lui aussi une armée pour repousser les impitoyables furies.

Les deux troupes ennemies se rencontrèrent sous le cuisant soleil de Terre Noire. Haches et lances des hommes contre arcs et épées des amazones, la lutte promettait d’être terrible. Mais les femmes remportèrent facilement la première bataille et celles qui suivirent. Montées sur leurs antilopes, elles étaient trop rapides pour les soldats mâles, et elles les perçaient de leurs flèches avant même qu'ils ne pussent engager le combat.

Surtout elles inspiraient une peur terrible aux hommes, car quand ceux-ci tombaient entre leurs mains, elles leurs faisaient subir un traitement qui comme la malédiction des sorciers noirs causait grand tort à leur sexe, mais qui hélas, avait d’irrémédiables conséquences.

Par Lucrèce88 - Publié dans : Epoque 1 Livre 1 Chapitre 3
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Lundi 7 septembre 2009 1 07 /09 /Sep /2009 17:00

A propos, il y a une nouvelle page d’ouverte sur les TDM qui s’appelle L’eau à la bouche ! Vous pouvez aller y faire un tour pour avoir une idée des prochains paragraphes…


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55

Cependant, les premières victoires féminines passées, les hommes se ressaisirent et réussirent à repousser les guerrières loin de leur cité. Aucun des deux camps n’était pourtant vainqueur et la guerre se poursuivit pendant de longues années. Elle s'étala sur une durée égale au quart de la vie d'un homme. Les combattants vieillirent et les cheveux du roi et de la reine blanchirent, si bien que peu à peu, les femmes abandonnèrent leurs pratiques castratrices, car elles commençaient à regretter le temps où elles vivaient en paix avec les hommes, et surtout, elles n'avaient plus personne pour les féconder et pour leur donner une descendance guerrière.

Pour assurer la survie de l’espèce, elles décidèrent donc de ne castrer les mâles qu'après avoir tiré d'eux ce que vous imaginez.

De leur coté les hommes savaient bien s'occuper avec leurs prisonnières, mais comme ils n'en avaient pas beaucoup, elles ne duraient pas très longtemps. Si bien que l'on décida de les ménager un peu pour qu'elles pussent aussi souvent que cela était possible, accoucher de beaux bébés mâles. Mais les amazones ne gardaient que les enfants femelles et abandonnaient les petits garçons aux hyènes, tout comme les sujets d’Asan immolaient impitoyablement les petites filles. Ainsi la réunion des deux sexes ne pouvait s’opérer et la paix semblait ne jamais devoir être retrouvée.

 

56

La guerre dura encore 100 années. Le roi et la reine étaient toujours en vie, car ils étaient d'un temps où une existence plus longue était accordée aux humains et à leurs grands chefs. Pendant ce siècle, les victoires féminines se firent toujours plus nombreuses, si bien qu'un jour, l'armée de la reine Ohéné vint encercler la cité du roi Asan. Comme la ville était trop puissante pour être enlevée par la force, les femmes décidèrent d'en faire le siège.

Le mâle souverain savait que ses remparts qui avaient momentanément contenus les assauts des amazones ne résisteraient pas longtemps à leur rage guerrière. Désespéré, il caressa le tronc du baobab qui se dressait au centre de sa ville.

- Ô mon vieil arbre, lui dit-il, mon père t’a planté le jour de ma naissance ! Comme tu as poussé depuis ! Tu es devenu si fort que tu pourrais porter sur tes branches la foule entière de mes aïeux. Hélas, les femmes n’auront pas plus de respect pour ton tronc vénérable que pour mes vieux os. Elles t’amputeront de tes branches avant de porter le feu à ta chère écorce. Vieux frère, tout semble perdu ! Ne trembles-tu pas comme moi ?

Asan recueillit le soupir plaintif de l’arbre et s’en fut dans son palais retrouver le conseil des anciens.

 

57

Aux influents vieillards, il tint ce discours pathétique :

- Sages anciens, guerriers autrefois redoutés, notre royaume ne sera bientôt plus qu’un souvenir ! Les femmes sont à nos portes et nous ne pouvons espérer aucune aide. Ma garce de reine semble devoir l'emporter ! Je n'ose imaginer ce qu'elles nous feront subir quand elles pénétreront la cité, ce qui ne devrait guère tarder, car la faim nous aura bientôt tellement affaiblis que nous ne pourrons plus repousser leurs assauts. Que faire pour éviter ce triste sort ? Devons nous nous rendre ? Mais les femmes accepteront-elles de nous faire grâce ? Même si elles y consentent, elles feront de nous des esclaves et nous obligerons à préparer leur repas, à nettoyer leurs cases et à s'occuper de leurs chiards... Voilà le destin qui semble nous être tracé.

L'un des anciens se leva alors et dit au roi :

- Ne capitulons pas encore, et réclamons plutôt l'aide des sorciers noirs. Car ce sont eux qui nous ont entraînés dans le malheur en jetant sur les femmes un maléfice plus cruel que notre cœur ne le souhaitait. C'est donc à eux de nous sauver en nous donnant les moyens de vaincre ces furies !

Le vieillard se tût alors et chacun s'accorda à dire qu'il avait bien parlé. Le roi n'avait pas très envie de rendre à nouveau visite aux sorciers, mais pressé par ses conseillers, il finit par s'y résoudre.

Par Lucrèce88 - Publié dans : Epoque 1 Livre 1 Chapitre 3
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Suis au jour le jour la publication des 2 000 paragraphes, découvre les nouvelles illustrations, commente, propose, injurie l’auteur ou félicite-le et contribue à la naissance d’un nouveau livre !

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