Mardi 25 août 2009 2 25 /08 /Août /2009 15:12

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“ Ce faisant, l’éclat de son regard darda un double faisceau d’or

qui atteignit le palais de l’étoile polaire et fit sursauter l’empereur de Jade … ”

La pérégrination vers l’Ouest ” Wu Cheng’en

 

 

 

Chapitre 1 : Le dragon et l'empereur

   

 

7

Si la progéniture du serpent céleste amena de bonnes et belles choses dans l'Entre-Deux-Rêves, il n'en fut pas de même de tout ce qui avait été ébranlé par sa course folle. Ainsi l'étoile qui s'était échappée des mains de Tian allait causer un grand trouble au Levant. Partant de la voûte céleste, elle atterrit sur le palais de l'empereur Shangdi qui trônait sur les nuages.

Le palais céleste n'avait rien d'une vulgaire bicoque et mérite bien d'être décrit sur tout un paragraphe... Il était composé de 100 000 tours et abritait 7 cieux, soutenus par des piliers d'or et de jade. Le premier ciel était le ciel d'azur, le deuxième le ciel écarlate, le troisième le ciel nébuleux, le quatrième le ciel d'orage, le cinquième le ciel d'argent, le sixième le ciel rayonnant et le septième, le ciel de jade impérial. Et dans chaque ciel, des jardins et des fontaines étaient portés par des nuages, et de vastes et fastueux appartements étaient aménagés. L'étoile de Tian défonça ainsi le toit du septième ciel et pénétra la chambre impériale.

 

8

 Shangdi était au lit avec Indira, sa favorite, quand la blanche lumière de l'étoile illumina la pièce. Il se leva d'un bon.

- Qu’y a-t-il chéri, pourquoi as-tu allumé ? demanda Indira.

- Ce n'est pas moi ! répliqua l’empereur. Regarde, un objet a défoncé le toit et est tombé à deux pas du lit. Un peu plus et il nous écrabouillait... Mais bon sang de moi, c'est une étoile ! Regarde comme elle est belle et comme elle brille !

- Une étoile... Oui, bon, ça fait désordre. Je dirai aux femmes de ménage de jeter ça dehors... Pour le moment, soit chou mon petit empereur, mets une couverture là dessus et retourne dodo.

- La jeter ! Mais tu délires Indi ! C'est un cadeau du très haut, tu peux parier... Avec ça je vais pouvoir clouer le bec à ce parvenu de dragon que j'ai eu la faiblesse d'inviter au palais et qui arrive demain !

Indira, qui avait sommeil, ne voyait pas où son sacré empereur voulait en venir :

- Je ne te suis pas très bien mon chéri, dit-elle...

- Réfléchis ! Longwang n’arrête pas de vanter les 10 soleils que Tian lui a attribués. Je vais lui montrer que cette étoile là est largement plus brillante. Et puis regarde, c’est l’éclairage idéal pour nos soirées dansantes ! De quoi illuminer 10 cieux d’un coup... Je connais un dragon qui pourrait bien s'étrangler de jalousie en la voyant...

 

9

L'aube du dragon illuminait le Territoire du Levant en ce début de 9ième paragraphe et Longwang, à la tête de sa fabuleuse escorte, se rapprochait du palais de l’empereur.

Il allait sur un char d'or et d'argent tiré par 4 grands dragons rouges et sauvages qui soufflaient le feu par leurs naseaux et déchiraient les nuages de leurs ailes sombres. Le roi dragon dans sa robe d'écailles écarlates tenait entre ses pattes griffues le sceptre d'or percé de diamants, marque de sa souveraineté. Sa queue immense était maintes fois enroulée autour de la carcasse de son char ; sa longueur était telle, qu'un homme muni d'un rapide coursier aurait mis plus d'une journée à la parcourir en entier.

De chaque coté du roi dragon venaient ses deux grands capitaines, deux dragons magnifiques, chevauchant avec leurs écuyers des nuages magiques et entraînant derrière eux des armées indénombrables de soldats dragons. Elles étaient d'une ampleur telle qu'elles donnaient l'apparence d'une mer déchaînée envahissant le ciel. Chaque dragon était armé d'une grande lance de cuivre et portait un bouclier frappé du blason de Longwang : un dragon entouré de 10 soleils.

Des armées alliées au roi filaient sur des nuages au coté des dragons ; de grands hommes rouges au crâne rasé, puissamment armés, formaient leurs rangs ainsi que des hordes de géants et de monstres.

Enfin, accroché à son char, Longwang traînait un grand nuage où étaient rassemblés les présents qu'il comptait offrir à l'empereur : 1 000 concubines vierges, toutes très belles, serrées les unes contre les autres et grelottant à moitié nues dans le ciel, 1 000 coffres remplies de pièces d'or et de pierres précieuses, offerts par les rois des 4 mers, des vases précieux remplis d'épices et d'herbes rares, des coupes magnifiques par milliers, des tentures et des étoffes superbes, des flacons de parfums enivrants... Bref, tout un bric-à-brac, gardé par 100 géants noirs armés de cimeterres et tenant en laisse des tigres ailés.

 

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De l'une des tours du palais, un guetteur s'écria :

- Longwang arrive, Longwang arrive ! Prévenez l'empereur, faites sonner les trompettes !

Puis il souffla dans son cor pour alerter ses compagnons. Une foule immense et ordonnée se précipita dans la cour du palais céleste qui servait à l'occasion de piste d’atterrissage. 10 000 hérauts se présentèrent en ligne pour accueillir dignement le roi dragon.

Pendant ce temps, l'empereur faisait de doux rêves. Il se voyait en train d'humilier Longwang en lui montrant l'éclat incomparable de son étoile. Ses soleils en palissaient de honte et le roi dragon devenait lui-même tout gris et tout ridé. Ses écailles blanchissaient et tombaient, son grand corps se ratatinait et une longue barbe blanche envahissait sa gueule terrible, tandis que ses ailes tombaient comme deux feuilles d'automne. Alors Longwang, s'appuyant sur une canne, s'en allait dans le lointain, tandis que Shangdi, son étoile en main, volait tous ses trésors.

 

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Un messager entra soudainement dans la chambre impériale en criant :

- Empereur, empereur, réveillez-vous ! Longwang arrive...

- Hein ! ? Quoi ? Qu'est ce que c'est ? Qui ose me réveiller en sursaut ? Je faisais un si joli rêve...

- Mais empereur... Le roi dragon arrive...

- Est-ce pour m’annoncer cette triste évidence, que tu me tires de mon bienheureux sommeil ? Gardes, coupez la tête à ce mauvais serviteur ! Et vite !

Pendant que l'on décapitait le messager, Shangdi se laissait vêtir par ses favorites.

- Chéri, ne t'énerve pas dès le matin ! lui conseilla Indira. Tu sais que cela te donne des aigreurs d'estomac...

- Tu as raison, répondit l’empereur. Toi au moins tu te soucies de ma santé et tu comprends ma tendre sensibilité... Pour te remercier de tes si délicates attentions, je te laisse la tête pour ta collection.

- Tu es un chou, amour, minauda Indira...

Quand il fut vêtu et que ses serviteurs eurent nettoyé le sang qui maculait le parquet de jade, l'empereur se rendit dans la cour pour accueillir le roi dragon. Le char de Longwang était arrimé au palais, et son armée attendait en silence…

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Par Lucrèce88 - Publié dans : Epoque 1 Livre 1 Chapitre 1
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