Partager l'article ! Epoque 1 Livre 1 Chapitre 2/1: Cliquer ici pour voir les paragraphes précédents et là pour voir les paragraphes suivants. “&n ...
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“ …L’amour qui meut le soleil et les autres étoiles. ”
Dante, Le Paradis.
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Après avoir découvert le Levant au chapitre précédent, laissez-vous emporter sur la mer des songes jusqu’au Territoire du Soleil. Cet univers devait son nom au grand luminaire de son ciel, à son astre du jour, le plus beau, sans doute qui éclaira jamais l’Imaginaire. Créé par le grand Aigle, le dieu suprême du Territoire, ce cercle flamboyant était l’aboutissement de quatre époques et de quatre créations, il résultait de la conjonction de quatre soleils plus anciens, les astre d’eau, de terre, de feu et de vent. Après avoir parcouru son orbe quotidien, ce cinquième et ultime soleil, se rafraîchissait dans les plis de l’océan avant d’accomplir le voyage souterrain qui le ramenait au pays de l’aube. La lune et les étoiles n’était pas encore apparues de ce côté du monde, mais la nuit n’était pas toute entière livrée aux ténèbres, car les êtres et les choses gardaient en eux un peu de l’incomparable lumière du jour.
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Or, rappelez-vous le 6ième paragraphe, cher lecteur ! De l’union entre le serpent céleste et le Territoire du Soleil était né Quetzalcoatl le serpent à plumes. Dès que la terre l'eut libéré de ses entrailles, cet étonnant reptile se tint face au soleil et déploya ses ailes multicolores. Car bien qu'il vînt de naître, Quetzalcoatl était déjà adulte et savant. Pendant toute la durée de sa gestation, enfoui dans la glèbe chaude, il avait appris les secrets de la terre. Il avait côtoyé les déesses chthoniennes, les grâces du limon, qui l’avaient guidé jusqu’à la caverne des semences et l’avaient initié aux mystères végétaux. Quand il naquit, il se tourna en premier vers l’astre du jour et fut pénétré de sa force. Quetzalcoatl devint ainsi le grand connaisseur des plantes qui comme lui partent du sol pour pousser vers le soleil. Dans ce domaine, la science du serpent à plumes était immense. Et comme il était bon, il fit partager son savoir aux hommes et leur indiqua comment faire pousser les plantes bonnes à manger, comment récolter les plantes bonnes à fumer et comment préparer les plantes bonnes à sentir.
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Les mortels bipèdes virent qu'ils tenaient là un bon guide et en firent leur roi. Quetzalcoatl construisit avec leur aide une magnifique cité. Il fit appel aux pouvoirs du grand Aigle pour déplacer dans les airs des blocs d’or colossaux, si vastes, que 1 000 hommes pouvaient se tenir debout sur un seul d'entre eux. Le serpent à plumes s'en servit de briques pour bâtir les murailles et les tours de sa ville. Ses remparts étaient hauts de plus de 100 de ces énormes blocs et ses tours de plus de 1 000. A l’intérieur de sa cité, Quetzalcoatl éleva de nombreux temples, de hautes et brillantes pyramides que des milliers de marches permettaient de gravir. Tous avaient leur entrée tournée vers le soleil levant. Ils étaient pénétrés au matin par les lueurs de l'astre, qui renvoyées par de nombreux miroirs, éclairaient jusqu'à leur fondation. Dans ces temples, les hommes ne priaient pas, mais ils jardinaient. Car ces pyramides n'étaient rien d'autre que des serres où s'épanouissaient toutes les espèces de végétaux. Certaines étaient consacrées aux fleurs, d'autres aux herbes et aux fougères, d'autres encore aux arbres. D’autres enfin offraient les céréales et les fruits les plus délicieux qui se pouvaient trouver, maïs doré, cacao, tendres sapotes, prunes et anones sucrées.
Bientôt, les hommes n’eurent plus besoin de chasser pour assurer leur subsistance. Les plantes leur offraient généreusement de quoi se nourrir et de quoi se vêtir. Elles donnaient leurs sucs et leurs sèves pour confectionner des remèdes qui guérissaient tous les maux.
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Tout allait donc pour le mieux dans le Territoire du Soleil. Tout ? Il manquait pourtant l'essentiel aux hommes de cette terre. Car s'ils avaient trouvé un guide, ils n'avaient pas encore trouvé d'épouses. Et pour cause, les femmes n'étaient pas encore apparues sur le Territoire ! La cité d’or de Quetzalcoatl, si belle fût-elle, n'était qu'un repère de vieux garçons.
Pour couronner le tout, un autre dieu jaloux rêvait de la détruire, Il s'agissait de Tezcatlipoca le dieu jaguar. Ce perfide félidé, amoureux de la nuit et ennemi des œuvres du grand Aigle, avait fondé dans les profondeurs du Territoire un royaume infernal, une géhenne baroque, peuplée des jaguars et des pumas de 20 pieds de hauts qui se lavaient dans le feu et se nourrissaient d'âmes. Si les fauves infernaux étaient les chouchous de Tezcatlipoca, d'autres peuples lui étaient inféodés comme les hommes oiseaux, les hommes jaguars, les filandreuses Tzitzimimes, les serpents à sonnettes, les sorciers aigris et les lézards venimeux.
Or donc Tezcatlipoca était jaloux et il observait avec rage la construction de la cité d'or du serpent à plumes. Car lui aussi aurait voulu être aimé des hommes, et leur imposer son culte. Il briguait le titre de roi des humains et ce parvenu de Quetzalcoatl venait lui voler la place. Vraiment ! A-t-on idée ! ... Le dieu jaguar ruminait ainsi d’aigres pensées de vengeance :
- Les hommes me dégoûtent ! rugissait-il. Ils cessent de m’honorer, moi le grand chasseur, le fauve sanguinaire et victorieux, pour cultiver la terre et suivre ce nigaud de serpent à plumes. Beurk ! Je vais leur montrer, ce qu’il en coûte de se ramollir à l’abri des murs d’or de leur cité et je ferais payer cher à Quetzalcoatl son insupportable bonté !
Le Blog des Territoires du Merveilleux, c’est tous les jours ou presque la publication de quelques-uns des 2000 paragraphes qui décrivent l’Entre-Deux-Rêves, ce pays de nulle part où fut rassemblé tout ce que l'esprit humain put concevoir de légendaire, d'onirique et de merveilleux.
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Pourquoi, si son monde est si beau, Quetzalcoatl a-t-il besoin de construire une cité avec de hautes murailles ? La raison en est simple : l’agriculture implique la propriété des surfaces et la propriété doit être protégée. Généralement cette protection génère un état, une police, un empire et une société de classes. Ici, d’une manière peut-être métaphorique, les surfaces cultivées sont « enfermées » et « protégées » à l’intérieur même de la cité qui est traditionnellement le signe de l’ordre impérial. Quetzalcoatl « civilise » les chasseurs-cueilleurs mais il les enclot également dans la prison d’une cité.