Partager l'article ! Epoque 1 Livre 1 Chapitre 3/1: Cliquer ici pour voir les paragraphes précédents et là pour voir les suivants. De la guerre entre les ...
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Souvenez-vous, alors que l'Entre-Deux-Rêves venait tout juste d'accoucher de ses 4 premiers Territoires qui se peuplaient de dieux, d'humains et d’animaux, un intrus traversa ce monde encore neuf et y fit naître un grand désordre. C'était un grand serpent ailé qui n'appartenait pas aux rêves humains, mais à l'extérieur véritable. Il apparut pour la première fois dans l'espace de la Terre noire, et dérangea Obatala, le dieu suprême de ce Territoire.
Obatala était à la fois homme et femme, à la fois humain et animal et il était l'ambassadeur aussi bien de l'ordre que du chaos. De ses yeux rouges qui illuminaient sa face bestiale, il pouvait observer tous les êtres animés ou inertes de son monde, des lointaines fosses sous-marines, aux plus profonds recoins du ciel. Il ne parlait pas, car il avait fait don de la parole aux créatures de son univers. Jadis, il avait ordonné le monde par son verbe magique, mais ses mots s’étaient usés à cette tâche et la plupart avaient perdu leur pouvoir. Obatala les avait laissé s’envoler de sa bouche pour les abandonner aux humains, aux animaux et aux sorciers qui recueillirent les mots les plus terribles. Aussi quand Obatala aperçut le serpent étranger qui lui passait au-dessus de la tête il ne put que grogner sauvagement pour exprimer son mécontentement de voir son espace aérien ainsi perturbé par un reptile non identifié.
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Obatala allait promptement bondir sur l'insolent serpent quand son attention fut attirée par de terribles éclats de voix qui parvenaient jusqu'à lui. Il reconnut les vociférations du roi Asan et de la reine Ohéné, apparemment partis dans l'une de leur dispute habituelle. Le dieu laissa le serpent filer dans le ciel et il tendit son oreille poilue, car il était toujours distrayant d'entendre se chamailler ceux qui régnaient conjointement sur les humains.
Et voici, fidèlement rapportées dans ce 47ième paragraphe, les paroles échangées entre le roi et la reine :
Asan :
- Alors femme ! Ca traîne en cuisine ! Mon royal couvert est encore vide, qu'est ce que tu fais donc ?
Ohéné :
- Oh dis donc le gros, tu sais à qui tu parles ? Je suis reine autant que toi tu es roi !
- Ah oui ? Et bien une reine doit veiller à ce que l’assiette de son royal époux soit bien et promptement garnie !
- Qui a dit ça ? Et pourquoi pas l'inverse ? Tu sais où tu peux te la mettre ton assiette ?
- Ma très chère reine, mon aimée, unique étoile de ma vie, accepterais-tu de servir à manger au misérable vermisseau que je suis ? ... Sinon je te cogne !
- Très cher époux, approches un peu et je te sers tes gonades en brochettes...
- Tu vas l'avoir ta trempe...
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Le roi bondit sur la reine pour lui distribuer quelques gifles, et la reine, serviable, lui rendit la politesse en rajoutant quelques coups de griffes et de dents. Après s'être copieusement battus pendant toute la nuit, les deux époux se séparèrent épuisés. La reine haletante lança alors au roi :
- Puisqu’il en est ainsi, je te quitte demain, et en partant du palais, j'emmènerai avec moi toutes les femmes du village, pour qu'elles n'aient plus à subir les caprices grotesques et la brutalité des mâles !
- Et bien pars donc avec ton armée de mégères ! répondit Asan. Nous n’allons pas vous retenir, crois-moi ! Finis vos discours stupides, vos humeurs massacrantes… A nous la tranquillité !
Et ainsi, dès le lendemain, toutes les femmes de la Terre Noire, quittèrent la ville immémoriale des hommes pour suivre la reine Ohéné. Elles traversèrent la brousse et les déserts et se perdirent derrière les plis indistincts de l’horizon.
Le jour du départ, les hommes se moquèrent des femmes et se félicitèrent de les voir s’en aller. Mais dès la nuit venue, ils comprirent que personne ne viendrait réchauffer leur couche, qu'aucune main ne viendrait plus les caresser et surtout qu'aucun ventre ne viendrait accueillir ce qui en eux était gonflé de désir. Certains essayèrent de se soulager contre les murs où dans la terre, mais c'était peu pratique et vite lassant. D'autres essayèrent de se consoler entre eux, mais la moitié au moins ne trouva pas ça drôle. Alors ils en conçurent une grande tristesse aggravée de pesants remords et regrettèrent le départ de leurs épouses.
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