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Chapitre 10 : Le tigre en fuite
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Le ton des derniers paragraphes n’était guère optimiste, n’est-ce pas ? Vous voulez certainement savoir si l'histoire de Char connaît une conclusion aussi tragique ? Et bien soit, je vais vous la conter...
Notre pauvre tigre venait d’apprendre la mort de sa bien aimée. Il restait captif de son corps sans vie et des ténèbres qui s’y distillaient. Songeant à sauver son enfant, il courut dans l’obscurité pour rejoindre la sphère immense qui enveloppait son fils dans le désert de sable bordant le palais d’écarlate. L’ayant rejoint, il poussa l’énorme placenta qui semblait une lune palpitante, échouée dans un monde éteint. Il y employa toutes ses forces, poussa et poussa encore, s’arc-boutant et bandant si fort ses muscles, qu’il n’était pas loin de se rompre l’échine. Alors la boule gigantesque, plus pesante que mille chariots d’acier avança enfin. Elle roula lentement jusqu’aux portes de l’intimité. Le fœtus fut cependant bloqué par les montagnes qui enserraient cette voie. Mais aidé par son père qui le poussait toujours, il se réveilla, déchira son enveloppe et parvint à dépasser les monts, d’abord de la tête, puis du corps tout entier. Enfin il réussit à naître et s’échappa du corps mourant de sa mère.
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Char voulut quitter au plus tôt le corps de Li Li pour protéger son bébé. Il rejoignit le palais d'écarlate, s'élança de toutes ses forces dans les voies respiratoires et ressortit par la bouche de sa compagne défunte.
Dès qu'il eut franchit les lèvres de Li Li, Char retrouva sa taille habituelle et observa un désolant spectacle. Les lanciers impériaux, qui avaient enflammé le grand chapiteau magique, saccageaient le campement des saltimbanques. Ils se livraient à d’épouvantables massacres, violaient les tigresses après avoir éventré leurs compagnons, abattaient sans pitié les vieillards avec des épées rouges du sang de leurs enfants. Dans cet affreux tumulte, Char vit son fils crier auprès de sa mère morte et eut tout juste le temps de le sauver d'un guerrier céleste qui voulait l'embrocher. Massacrant l’infâme lancier à coup de sabre, il prit son tigron dans ses bras et erra dans la nuit pleine de feux et de hurlements.
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Triomphant de l’horreur qui l’avait un instant pétrifié, Char partit au combat pour défendre les siens. Il confia son fils à une jeune tigresse qu'il venait de sauver de deux brutes, puis rassembla les tigres, les singes, les porcs, les hommes et les serpents encore valides pour les emmener derrière son sabre. Il combattit les lanciers célestes avec une telle rage que ceux ci durent bientôt reculer. Il bondissait entre les épées et les lances, évitait la pointe des flèches et décimait les serviteurs de Shangdi. Encouragé par ses prouesses, les saltimbanques se battirent bientôt avec la même fureur. Les acrobates bondirent sur les lanciers, les jongleurs devinrent assassins et les clowns massacrèrent à coup d'épée leurs célestes ennemis.
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