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Les Territoires du Merveilleux, Qu’est-ce que c’est ?
Ce sont 2 000 paragraphes, regroupés en 2 époques, 10 livres et 104 chapitres, écrits sur un peu plus de 10 années, de 1988 à 2001.
Les Territoires du Merveilleux constituent eux-mêmes l’un des 8 éléments d’une immense construction mégalo-romanesque, teintée de fantastique et de science-fiction, que j’avais imaginée au sortir de l’adolescence.
Ils sont ce que j’ai finalement voulu sauver de ce fatras héroïque et fantaisiste qui m’est devenu aujourd’hui pour une bonne part incompréhensible.
Au départ de quoi était-il question ?
En imaginant un « lieu » où les rêves devenaient réalité, je voulais rendre compte, en 2000 paragraphes, des principales « facettes » du merveilleux, et les relier en une histoire originale.
Ce « lieu » accueillant les rêves humains, je l’appelais l’Entre-Deux-Rêves. Dans ma mythologie personnelle il s’agissait d’un espace créé par le dieu « Priam-Thoz », créature de mon invention, qui utilisait le pouvoir d’un « Grand Rêveur », pour créer le monde dans lequel il devait se réfugier.
En dérobant la magie du Grand-Rêveur pour l’apporter jusqu’à son domaine, Priam créait l’espace où venaient s’agréger les légendes humaines.
Dans cet « Entre-Deux-Rêves », les mythes pouvaient développer leur propre histoire, reflet déformé de l’histoire humaine.
C’est de cette histoire dont j’ai voulu finalement rendre compte en deux époques. La première décrite dans les 5 premiers livres et les 1000 premiers paragraphes, met en scène des mythologies anciennes, pour la plupart d’avant l’ère chrétienne, et la seconde, évoquée dans les 5 derniers livres et les 1000 paragraphes suivants, des mythologies plus récentes, intégrant même dans le dernier livre, des motifs de la science-fiction !
Voilà « l’argument » ou le prétexte des Territoires du Merveilleux. Car la véritable motivation qui m’animait alors, était la volonté « mégalomaniaque » de me réapproprier la totalité de la matière légendaire et d’assembler en 2 000 paragraphes « tout ce que l'esprit humain put concevoir de légendaire, d'onirique et de merveilleux ».
Inspiré par l’exemple des 1001 nuits, ou des 18 livres du Mahâbhârata, mon ambition était d’accoucher d’un poème aussi baroque et flamboyant que démesuré.
Tout ça pour ça !
Et au final ça a donné quoi ? Euh… Une pochade rigolote qui dégénère en ratage besogneux, avec peut-être quelques bons morceaux à sauver dedans.
Car il est évident qu’en 1988, lorsque j’imagine la trame des Territoire du Merveilleux, puis en 1994 lorsque je m’attelle véritablement à leur écriture, je n’ai pas les moyens de mon ambition. Je ne dis pas que je les ai acquis aujourd’hui, mais à l’époque, je suis vraiment loin du compte… Maturité, culture, technique, il me manque tout ! Je n’ai que cette naïve volonté d’écrire quelque chose « d’incroyable ». Et lorsque le désir se confronte à la réalité, la baudruche se dégonfle très vite. Pour tenter de dissimuler l’indigence de mon style comme la faiblesse de mon inspiration, j’emploie spontanément le ton de l’humour. Le grand poème lyrique tourne à la farce potache, au pastiche mythologique, qui s’étale à la fin de l’année 1994 dans une première version rassemblant les 1000 premiers paragraphes de la première époque.
Je publierai peut-être prochainement cette version originelle (si je la retrouve !) afin que vous puissiez comparer… Elle est beaucoup plus courte que la version actuelle et n’est pas encore divisée en livres et en chapitres. Le ton employé est, comme je l’ai dit, celui de l’humour, ce qui anéantit évidemment tout évocation d’un merveilleux véritable. Mais paradoxalement, les blagues et la dérision permettent de faire « passer la pilule » en rabaissant le niveau d’ambition du projet.
Dans cette version, j’utilise principalement la technique du détournement et de l’entrecroisement des légendes existantes, en faisant se rencontrer des personnages appartenant à des aires mythologiques différentes. J’introduis également quelque thèmes ou fantasmes que je considère comme personnels, mais qui témoignent seulement de mon incapacité à reconnaître mes influences. Symptomatiquement, je réinvente également le nom de nombreux personnages mythiques, comme pour dénier leur origine véritable, que j’ignore sincèrement ou que je veux méconnaître.
Cette première version va « dormir » un an ou deux.
Lorsque je la reprends, j’ai pu me « cultiver » un peu avec Jung, Bachelard, Mircea Eliade, Georges Dumézil… Mon approche du merveilleux est un peu moins frustre.
Je décide alors de la structure définitive des Territoires en 10 livres s’étalant sur deux époques. Et je m’attelle à la réécriture, de 1996 à 1999 pour les 1000 premiers paragraphes et de 2000 à 2001 pour les 1000 suivants.
Est-ce que la seconde version est meilleure que la première ? Elle est un peu plus éclairée, un peu plus lucide, un peu moins frustre. Mais on peut la juger beaucoup plus laborieuse aussi. En l’exhumant aujourd’hui, je la considère moi-même comme un énôôôrme ratage mais également comme une curiosité digne d’intérêt sous certains aspects. Parce que les Territoires du Merveilleux, c’est quand même une somme d’idées incroyables, de digressions monstrueuses… Ce sont les 100 châteaux visités par Galaad, les 1000 cadeaux offerts par le roi dragon Longwang, les aventures dans le corps félidé… Bref, tout un ensemble de trucs vraiment dingues, que je serais bien incapable d’imaginer et d’écrire aujourd’hui.
Alors oui, c’est raté, mais cela ne me semble pas inintéressant, d’autant que les illustrations réalisées par mon frère, il y a un peu plus d’une dizaine d’années, contribuent à sauver le naufrage.
Enfin, ce sera à vous d’en juger ! En suivant au jour le jour la publication des 2000 paragraphes des Territoires du Merveilleux...
Pourquoi un blog ?
Oui à propos pourquoi un blog !
Et bien justement, vous pourrez ainsi commentez, critiquez, applaudir la publication progressive de l’œuvre.
Moi-même je tenterai d’expliquer dans les commentaires la genèse de mon travail, d’indiquer ce que je considère comme bon ou moins bon, ce que j’aurais voulu faire, ce que j’ai raté… Et peut-être un nouveau livre pourra-il naître de cette confrontation.
Par ailleurs, les Territoires du merveilleux sont très denses. Trop sans doute. Leur lecture en « un seul bloc » peut provoquer un certain écoeurement. Leur publication, à petite dose, au jour le jour, pourrait leur donner un nouvel attrait. C’est du moins une expérience de lecture qu’il est intéressant d’expérimenter.
Progressivement, sur des pages indépendantes, je regrouperais en livres les paragraphes déjà publiés. Je proposerai également dans un espace à part, des paragraphes choisis aléatoirement, pour éveiller votre curiosité.
Ainsi vous pourrez choisir vos différents modes de lecture.
J’ajoute encore que la forme même des Territoires du Merveilleux, avec de fréquents renvois entre les paragraphes, incite naturellement à un usage immodéré des liens hypertextes.
Sources d’inspirations et correspondances…
Comme je l’ai indiqué plus haut, j’avais au départ une conception très frustre du merveilleux. Sur le plan « littéraire », Tolkien et Lovecraft constituaient dans ce domaine mes principales références.
De Tolkien j’avais hérité une conception très « réaliste » et très impériale du fantastique, assez opposée, finalement, avec l’idée que je m’en fais aujourd’hui. Tolkien « rationalise » le rêve, par tous les détails que patiemment il égrène, par toutes les généalogies qu’il érige inlassablement, par son obsessionnelle volonté de cohérence… Il semble vouloir rendre le rêve « réel » et en maîtriser tous les aspects. Aujourd’hui j’apprécie davantage les auteurs qui introduisent au contraire le rêve dans la vie quotidienne et qui, abandonnant progressivement tout contrôle, toute volonté de domination de la matière onirique, tordent doucement le réel pour le faire basculer du coté du rêve…
Quant à Lovecraft, il m’avait donné envie de créer ma propre collection de dieux, un peu à l’image de ses « Grand Anciens », ce panthéon d’horreurs cosmiques dont il avait peuplé ses romans et ses nouvelles. C’est de ce désir qu’est né le personnage de Priam Thoz que l’on peut considérer comme la personnalisation des tendances impérialistes de mon imaginaire, qui s’en va piétiner sans scrupule le territoire des légendes.
On comprendra comment ces deux influences ont pu se renforcer l’une et l’autre pour accroître mes tendances mégalomaniaques.
Fort heureusement d’autres sources d’inspiration, tirées notamment de la bande dessinée ont contrebalancé ces deux rocs conservateurs (voire réactionnaires) que sont Tolkien et Lovecraft. Il y a eu notamment les bandes de Moebius et de Philippe Druillet mais aussi, et j’ose aujourd’hui l’avouer, l’œuvre de Marcel Gotlib. C’est sans doute l’immortel auteur de la « Rubrique-à-brac » qui m’a inspiré cet esprit potache, cette dérision avide de s’attaquer aux monuments mythologiques.
Jugez donc de la schizophrénie qui me guettait alors, tiraillé que j’étais entre le fantastique-qui-ne-rigole-pas de Tolkien et de Lovecraft et les délires du maître de la coccinelle. Tant bien que mal, les « Territoires » ont résisté à cette tension intime, qui finalement s’est trouvé résolue, lorsqu’en dehors du cadre scolaire, j’ai redécouvert l’œuvre de François Rabelais. Je me suis dit alors que d’autres que moi avaient déjà marié le merveilleux et la franche rigolade, tout en produisant une œuvre de qualité.
Car il est vrai que l’humour peut facilement dissiper le rêve et même anéantir le merveilleux, mais il rattache l’auteur à la communauté de ses lecteurs et brise l’enfermement auquel l’immersion dans les territoires des songes conduit naturellement. Il introduit cet humanisme dont les œuvres de Tolkien et Lovecraft sont si malheureusement dépourvues.
Ensuite, comme je l’ai déjà indiqué, des lectures « recommandables » m’ont permis d’accéder à une conception plus authentique du merveilleux et moins scolaire de la mythologie. A cet égard, je vais citer à nouveau Mircea Eliade, Gaston Bachelard, Georges Dumézil, et Karl Gustav Jung (même si, dans ce dernier cas, j’éprouve un bizarre mélange de fascination et de réprobation indignée à l’égard des dérives de la théorie jungienne).
Et puis, au fil des ans, je me suis rendu compte que d’autres que moi avaient été assez fous pour produire des œuvres similaires.
C’est le cas par exemple de Neil Gaiman, et de sa série Sandman qui présente de très nombreuses similitudes avec les Territoires du Merveilleux (par exemple, le recueil de bandes dessinées « la saison des brumes » pourrait constituer l’un des livres des TDM !). Comme par hasard, Gaiman aurait débuté les aventures de son Sandman à compter de 1988. Comme quoi, il devait y avoir à cet époque quelque chose dans l’air du temps qui incitait à s’immerger dans le grand bain des légendes. Pourtant je veux bien jurer devant dieu, auquel je ne crois pas, que je n’ai découvert Neil Gaiman que dans les années 2000 !
Et de même plus récemment encore, d’autres auteurs, toujours dans le domaine de la bande dessinée, se lancent, pour rire, dans des défis semblables à celui des 2000 paragraphes, par exemple les 2 fois 100 albums « virtuels » des séries Donjon Poltron-Minet et Donjon Zénith, initiées par Lewis Trondheim et Joann Sfar et complétées par la série Donjon Crépuscule.
Si j’avais eu quelque talent de dessinateurs, peut-être aurait-il donc mieux valu que je me lance dans la bande dessinée. A moins encore, que les Territoires n’inspirent un jour un dessinateur comme ils ont déjà inspiré mon petit frère…
Le Blog des Territoires du Merveilleux, c’est tous les jours ou presque la publication de quelques-uns des 2000 paragraphes qui décrivent l’Entre-Deux-Rêves, ce pays de nulle part où fut rassemblé tout ce que l'esprit humain put concevoir de légendaire, d'onirique et de merveilleux.
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Mais à propos, c'est quoi les Territoires du Merveilleux (lire la suite ici) ?